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mercredi 24 février 2016

Témoignage // attachement

L'attachement... on en entend tellement parler en tant que parents adoptants ou futurs parents adoptants.

Pour ma part, j'avais lu de nombreux ouvrages sur le sujet, ma travailleuse sociale nous en avait parlé longuement et nous avait donné plusieurs conseils en la matière. Je me disais qu'avec mes nombreuses années d'expérience en tant que gardienne d'enfants et en tant que tante si dévouée et impliquée, tout se passerait bien.
Lors de notre toute première rencontre avec mon garçon, ce fut un moment magique, plus beau encore que ce que j'avais rêvé pendant de nombreuses années. Quelle petite beauté que ce mignon petit bébé de 6 mois.
Tout le monde m'avait dit: "tu seras une si bonne mère" et "que vous êtes chanceux d'avoir un enfant si jeune, il ne sera rappellera de rien et l'adaptation sera facile".
Mais aucune de ces belles prédictions ne s'est réalisées : malgré son tout jeune âge, mon garçon résistait : pas question de lui donner le biberon dans nos bras : il était capable de le tenir seul avec ses 2 petites mains et chaque fois que je voulais lui donner dans mes bras, c'était la crise et il préférait ne pas boire !
Ma T.S. me disait que c'était un moment important pour l'attachement alors je me suis "acharnée" à vouloir essayer de lui donner pendant 3 longs mois ! Et plus les jours passaient et plus il résistait et plus je me sentais totalement incompétente... Il ne voulait pas se faire bercer, il ne voulait pas se faire coller, n'aimait pas être pris dans nos bras (il se tenait loin de nous)...
Et les crises ! Oh ! les nombreuses crises : jours et nuits ! La nuit, il a fait des terreurs nocturnes jusqu'à ses 4 ans. Parfois jusqu'à 5 crises dans une même nuit !

J'étais épuisée, j'étais désemparée, découragée et je me haïssais. J'ai trouvé difficile d'aller chercher de l'aide dans ces moments car j'avais l'impression de me faire juger et qu'on penserait : "tu l'as tellement voulu, arrête de te plaindre et c'est ça avoir un enfant ; ce n'est pas toujours facile !" Ok, ce n'est pas toujours facile mais vraiment là, c'était carrément invivable, déchirant, culpabilisant.

Cette situation a duré 2 ans, oui 2 ans. Jusqu'à ce que mon garçon doive être hospitalisé pendant 3 jours. Nous l'avons donc veillé jour et nuit son père et moi. Un soir où je le berçais depuis des heures et où la douleur était intense, mon petit bout de chou me dit : "Maman, maman, ai mal! Maman, maman, ye t'aime". C'était la toute 1ère fois qu'il me disait ces mots : "Je t'aime". Durant la semaine qui a suivi, son comportement a vraiment changé. Mon conjoint et moi nous demandions si ça allait durer... Il nous a testé une autre fois (grosse crise) mais ensuite, il s'est véritablement laissé déposer, il nous faisait maintenant confiance, il s'est laissé aimer. Dans les mois qui ont suivi, il a comme voulu rattraper le temps perdu ; il venait me voir avec un doudou et une suce (alors qu'il n'en avait jamais utilisé) et voulait se faire bercer en jouant au bébé. On se collait de longs moments et ces instants étaient si bons ; mon cœur de mère pansait ses blessures des 2 dernières années.

Au moment de vous écrire ces lignes, mon grand garçon a 7½ ans et c'est un fils merveilleux. Je l'adore ! Pourtant, pendant les deux premières années, je dois l'avouer, je me suis demandée si un jour nous allions nous aimer tous les deux...

Si j'écris ce témoignage c'est vraiment pour des parents qui vivraient ce que j'ai vécu et qui, tout comme moi, trop honteux, n'en parleraient pas et resteraient avec leur culpabilité et leur sentiment d'impuissance, d'échec, de honte...
J'ai fini, au bout de quelques mois, par demander l'aide d'une psychologue spécialisée en adoption et elle nous a beaucoup aidé et supporté. J'ai utilisé ses conseils pendant de nombreuses années (routine, emmaillotage pour sécuriser, child holding, règles claires et constantes, etc).
J'ai aussi le goût de vous dire que durant ces années difficiles, nous avions décidé de ne pas avoir d'autres enfants et nous avions donné tous les articles de bébé. Et bien, notre fils nous a finalement fait changer d'idée et en janvier 2015, nous avons accueilli un deuxième petit bonhomme qui avait alors 1½ an. Avec lui, l'adaptation et l'attachement se développent tellement plus facilement. Oui, avec des périodes où l'insécurité revient, où il faut encadrer davantage, et toujours se dire que rien n'est acquis. Mais tout de même une adaptation tellement plus facile ! J'avais peur pour cette 2e adoption, tout en me sentant plus confiante, plus expérimentée mais on ne sait jamais ce qu'il adviendra. Surtout que nous avions décidé d'adopter un enfant avec besoins spéciaux. Mais quelle bonne idée !!!
Aujourd'hui, nous sommes une belle famille et nous sommes vraiment heureux ensemble !


Au fil des ans, j'ai réalisé que l'attachement se développe de mille et une façons. J'aurais dû me faire davantage confiance et suivre mon instinct qui me disait que ce n'était pas en forçant le biberon et les moment à se bercer que l'attachement s'améliorerait.
Je réalise maintenant qu'en plus des conseils de la psychologue, certains jeux ont pu nous aider mon fils et moi :
- cajoler nos animaux de compagnie (nous avions 2 chats), leur donner des soins et des bisous ;
- danser ensemble (mine de rien, il s'amuse mais on est collé) ;
- lui faire faire de l'exercice couché sur le dos, en bougeant les pieds et les bras; favorise le contact visuel encore par le jeu ;
- chanter en le regardant ;
- prendre un bain ensemble et s'amuser ;
- faire des cours de natation (il était collé à moi...) ;
- se promener ensemble avec un "maman kangourou" ou autre sac ventral pour petit ;
- se maquiller et rire !
- jouer au médecin avec la petite trousse médicale (se toucher mais par le jeu alors rien n'y paraît)
- tout ce qui vous fera rire ensemble et vous fera être un peu plus collé ou vous permettre de vous toucher l'un, l'autre...

mardi 2 février 2016

EBS // Fente Labio-Palatine

Zoom sur les fentes faciales, et plus particulièrement la fente labio-palatine

Qu'est-ce que c'est ?

Les fentes faciales sont des malformations congénitales atteignant la lèvre, la gencive et/ou le palais. Elles résultent d'une absence de fusion des tissus embryonnaires.

On distingue :
- la fente labiale : seule la lèvre est touchée, partiellement ou complètement (une fente labiale complète inclut le seuil narinaire, donc on observe une déformation du nez).
- la fente labio-maxillaire : lèvre et arcade dentaire.
- la fente labio-maxillo-palatine, plus couramment appelée fente labio-palatine (FLP) : lèvre, arcade dentaire et palais. C'est la forme de fentes la plus répandue (70%), et elle concerne 75% de garçons.
- les fentes palatines : fente vélaire (seul le voile du palais est touché) ou fente vélo-palatine (voile du palais + palais dur). Ces formes de fentes, sans atteinte labiale, concernent 70% de filles.

Les fentes faciales sont l'une des malformations congénitales les plus fréquentes : en Europe, un bébé sur 500 à 700 en est atteint ; cette malformation est encore plus fréquente en Asie.
Un peu partout dans le monde, les préjugés portés sur les fentes faciales conduisent à l'abandon de nombreux bébés qui en sont atteints. C'est pour cela que la fente labio-palatine est une particularité très fréquente en adoption internationale, qui plus est en Asie.

Certaines fentes labio-palatines sont syndromiques, c'est à dire qu'elles sont associées à d'autres malformations. Ces cas sont rares mais il est important de ne pas négliger la présence d'autres anomalies, même légères, notamment dans l'étude d'un dossier d'un enfant proposé à l'adoption.

Quelle prise en charge ?

Il s'agit d'une prise en charge pluridisciplinaire, qui peut être effectuée au sein de "centres de compétence" (une quinzaine répartis sur toute la France).

chirurgie maxillo-faciale :
Il existe quelques différences de protocoles pour la fermeture d'une fente labio-palatine. Mais d'une manière générale, pour les bébé nés en France avec une FLP, la prise en charge chirurgicale se fait selon ces étapes :
- vers l'âge de 6 mois : fermeture de la lèvre et de la narine, et du voile du palais ;
- vers 12-18 mois : fermeture du palais dur ;
- vers 5 ans : greffe osseuse pour fermer l'arcade dentaire ;
- éventuellement, quand la croissance est terminée : chirurgie orthognatique pour positionner correctement les mâchoires supérieures et inférieures, si l'orthodontie ne suffit pas. Une reprise de la lèvre et du nez peut également être effectuée tardivement, à but esthétique mais aussi fonctionnel, si une narine affaissée entrave la respiration nasale ou si la parole est trop nasonnée.

Dans le cadre d'une adoption internationale, les enfants porteurs de FLP peuvent arriver non-opérés, opérés seulement de la lèvre (ce qui semble être le plus courant), ou déjà totalement refermés.

orthodontie : Expansion de la mâchoire supérieure, préalable à la greffe osseuse ; alignement dentaire ; prothèse ou implant en cas de dent manquante, avancement maxillaire et/ou mandibulaire en fin de croissance dans certains cas.

ORL : La majorité des enfants nés avec une FLP sont sujets aux otites à répétition, pouvant entraîner des séquelles définitives dont une perte auditive. Un suivi attentif est donc indispensable. La pose de drains trans-tympaniques est effectuée chez 50% des patients.

phoniatre et/ou orthophoniste : La rééducation orthophonique est souvent nécessaire, s'il y a une fuite d'air se percevant comme un nasonnement ou des troubles de l'articulation. Un éventuel reflux alimentaire (par le nez) peut également persister.

psychologue : Un suivi psy peut être intéressant si l'enfant a du mal à accepter sa différence, son histoire, son suivi hospitalier, et ceci en dehors de tout contexte adoptif. Cela peut s'avérer plus important dans le cadre d'une adoption, car sa malformation a pu être la cause de son abandon et qu'il a pu vivre une expérience très douloureuse lors des chirurgies dans son pays (non-médication de la douleur).

Au quotidien ?

La fente labio-palatine est une particularité impliquant peu d'adaptations au quotidien. Elle n'impacte pas le développement psycho-moteur de l'enfant, qui peut donc suivre une scolarité normale.

Les opérations nécessitent des hospitalisations de quelques jours, donc une disponibilité d'un des parents sur ces périodes. Les différents suivis (ORL, orthodontie, orthophonie) sont variables selon l'âge de l'enfant mais toujours annuels dans les premières années de vie.

Une fente labio-palatine même "réparée" peut rester plus ou moins visible : cicatrice, lèvre supérieure asymétrique, narine affaissée, mâchoire inférieure en avant... ces légères différences physiques peuvent être sujettes à remarques ou moqueries... ainsi que les possibles défauts de phonation avant qu'ils ne soient corrigés.

Pour bien cerner cette particularité...

Rapprochez-vous du centre de compétences dont vous dépendez. Vous trouverez des coordonnées à ce lien :
www.fente-labio-palatine.fr/qui-sommes-nous/reseau-national-fente

Il existe un forum de discussion de parents d'enfants présentant une FLP :
fente-labio-palatine.forumactif.com

lundi 25 janvier 2016

Témoigner

Nous serions ravies d'enrichir ce blog par vos témoignages, anonymes ou non, sur tout sujet en rapport avec l'adoption !

Le récit de vos démarches et de la rencontre avec votre enfant (rubrique "une adoption"), votre vécu à propos de l'attachement, le quotidien avec la particularité de votre enfant, l'adoption d'un enfant grand, la scolarité, l'adolescence, le regard des autres, l'attente et ses montagnes russes, le renoncement...

Écrivez-nous à : parlonsadoption@gmail.com

dimanche 17 janvier 2016

Attachement : définitions

Qu'est-ce que l'attachement ?
La parole aux pros !

John Bowlby :
"il existe chez le bébé humain des comportements innés dits d’attachement dont la fonction est de réduire la distance, et d’établir la proximité et le contact avec la mère. Des comportement innés existeraient aussi chez la mère avec la même fonction, même si la théorie admet que l’apprentissage joue un rôle dans l’expression de ces comportements"
"La construction des premiers liens entre l’enfant et la mère, ou celle qui en tient lieu, répond à un besoin biologique fondamental."

Boris Cyrulnik :
"L’attachement se définit comme un lien particulier, sélectif, que l’enfant établit au départ de sa vie avec un adulte et dont le but pour lui est de maintenir une proximité physique avec cet être de référence qui génère le sentiment de sécurité."

Johanne Lemieux :
"Insister sur l’importance de l’attachement en adoption, c’est autant pour la bonne santé mentale de l’enfant que celle de son parent. Car sans attachement, le parent ne se sentira pas compétent et l’enfant ne se sentira pas compris. C’est hélas, le côté «pervers» de l’attachement. Plus on est attaché mutuellement, plus l’enfant se sent en confiance et plus le parent se sent compétent. Moins on est attaché, moins on se sent compétent et moins l’enfant s’attachera à nous."

Jean-François Chicoine et Johanne Lemieux :
"Les difficultés d’attachement en adoption internationale ne sont pas des maladies d’amour, plutôt des pannes de confiance éclairés par le passé organique et environnemental des expériences d’origine du cerveau de l’enfant adoptif, tant sur les plans physiques, sensoriels, moteurs, cognitifs que dans les dimensions affectives et sociales."

samedi 9 janvier 2016

Une adoption 4

Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune...
- Année de l'adoption ?
2006
- Quel pays ?
Ethiopie
- Age de l'enfant à son arrivée ?
11 mois
- Votre profil ? Votre projet ?
Nous avons déposé notre demande d'agrément alors que nous n'avions que 22 et 24 ans... et un bébé de 3 mois ! Notre projet était orienté dès le début vers un enfant porteur d'une particularité physique dite "réversible".
- L'agrément, les OAA, l'apparentement ?
La procédure d'agrément s'est déroulée sans problème. On ne nous a jamais dit qu'on était trop jeunes, qu'on était fous, qu'on était de doux rêveurs naïfs... L'évaluation psychologique a consisté en un rendez-vous de 10 minutes chacun chez un psychiatre, l'évaluation sociale en trois rendez-vous de 2 heures. L'éducatrice spécialisée chargée de cette enquête a totalement adhéré à notre projet.
Nous avons obtenu notre agrément en moins de 8 mois. Notre fille aînée avait alors 11 mois... et notre projet portait sur un enfant plus jeune qu'elle !
Très peu de pays correspondaient à notre profil, surtout à cause de nos jeunes âges, nous avons donc contacté quelques OAA et envoyé des candidatures auprès de conseils généraux. Quelques mois plus tard, nous sommes conviés à une réunion d'information par un petit OAA, qui travaille principalement avec l'Ethiopie. Notre acceptation aura pris 6 mois, avec 2 entretiens. Ensuite, montage du dossier, légalisations et traduction... en un temps record : 1 mois seulement !
Deux mois après l'envoi de notre dossier en Ethiopie, notre fille aînée vient de fêter ses 2 ans, et nous recevons un coup de fil de notre OAA, qui nous parle d'une petite fille de 9 mois. Elle présente une particularité physique légère.
Une deuxième fille ! J'avoue que c'était ma petite préférence secrète... et inespérée, puisqu'on nous avait annoncé 75% de garçons !
- Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge médicale, préparation à l'adoption...)
Nous savons peu de choses sur la prise en charge de notre fille dans l'orphelinat. Il s'agissait d'un gros orphelinat, accueillant 400 enfants environ.
Concernant la prise en charge médicale, nous savons juste que les moyens sur place permettaient juste d'éviter un taux de mortalité trop important...
- La rencontre ?
A l'aéroport... J'y ai vu une toute petite fille, qui ne semblait pas terrorisée, mais qui gardait les yeux grands ouverts. Elle avait 11 mois mais en paraissait 6. Sa tête tremblait car elle avait du mal à la tenir sans appui...
Quand je l'ai prise contre moi, elle a posé sa tête sur ma poitrine tranquillement. Une rencontre toute simple...
- Les débuts ? La vie de famille ? Les difficultés ?
Les débuts ont été assez difficiles. Notre fille, aussi petite était-elle, était très indépendante. Elle me repoussait et hurlait à la moindre contrariété. Elle demandait beaucoup les bras, mais elle refusait les câlins ou le portage en écharpe, elle ne supportait pas d'être tenue serrée. Elle évitait les regards. Et elle repoussait très violemment sa soeur...
Moi qui pensais vivre cette adoption comme une évidence, j'étais dans une trop grande attente et j'ai vécu ces difficultés avec une frustration intense...
Côté santé, sa "particularité" nécessite un suivi médical régulier mais peu chronophage. Elle est passée par deux interventions chirurgicales... pour le moment.
- Un souvenir marquant ?
Deux ans et demi après son arrivée, alors que nous nous décidions justement à consulter, notre fille a soudainement "posé ses bagages". Nous avons enfin découvert notre vraie fille : un rayon de soleil au rire contagieux... Tout n'était pas résolu, mais une grande avancée était faite ce jour-là.
del

vendredi 11 décembre 2015

EBS // le VIH

Adopter un enfant séropositif au VIH ?

Qu'est-ce que c'est ?

Le VIH, tout le monde sait ce que c'est : c'est le virus qui cause une immunodéficience chez l'homme. L'immunodéficience, c'est l'incapacité de se défendre contre les maladies. Ainsi, une personne infectée par le VIH peut, si le virus est actif et a affaibli les défenses immunitaires, développer des maladies, appelées "maladies opportunistes". On parle alors de sida.

Quelle prise en charge ?

Un suivi régulier :
Une prise de sang tous les 3 mois, pour déterminer les taux de charge virale et de cd4 (les globules de défense immunitaire, qui sont attaqués par le VIH). Certains médecins ne demandent qu'une prise de sang tous les 6 mois.

Un traitement quotidien :
Le but du traitement antirétroviral (trithérapie) est de maintenir la charge virale à un niveau indétectable. La plupart des enfants sont mis sous traitement dès le plus jeune âge, sans attendre de symptôme.
C'est un traitement pas facile, car il n'est pas adapté aux jeunes enfants (gros comprimés ou sirop de très mauvais goût), et nécessitant une observance sans faille : une prise toutes les 12 heures, parfois une seule prise par jour. Si on décale d'une heure ou deux, ce n'est pas grave... Mais en cas d'oublis répétés, cela peut provoquer une résistance du VIH, et donc nécessiter un changement de traitement... Il existe plusieurs molécules, mais pas une infinité ! Les cas de résistance du VIH à la trithérapie sont en grande majorité dus à la mauvaise observance du traitement.
Il existe des effets secondaires au traitement, mais ils sont rares chez les enfants.

Une espérance de vie normale :
Si le suivi et le traitement sont rigoureusement appliqués, la charge virale reste indétectable et n'a pas de raison de remonter.

Un risque de transmission considéré comme nul :
Lorsque la charge virale est indétectable, le risque de transmission par un échange de sang par des plaies est pour ainsi dire nul. En revanche, selon les traitements, même avec une charge virale indétectable dans le sang, on retrouve un certain niveau de virus dans le sperme et la cyprine. Il est néanmoins possible d'adapter le traitement pour les couples sérodifférents qui désireraient concevoir un enfant sous la couette sans passer par la PMA.

Un secret à garder :
A qui le dire ? Attention, ne vous fiez pas aux apparences : certaines personnes qui ont pourtant un haut niveau d'études peuvent avoir un réflexe de peur irrationnelle.
Il est inutile d'en parler à l'école puisque le risque de transmission est nul. En parler serait au contraire risqué : stigmatisation, peur irrationnelle, mise à l'écart, divulgation...
Il est pourtant nécessaire de le dire à quelqu'un de proche, ne pas rester seuls avec ce secret qui peut peser très lourd... (et de toute façon, il suffit d'un week-end chez les grands-parents pour qu'ils voient les prises de médicaments...).

Une annonce à l'enfant par étapes :
C'est selon l'âge... il vaut mieux rester évasif au début, parler "d'un virus qu'on ne peut pas enlever, mais que le traitement peut empêcher d'aller partout" tant que l'enfant n'a pas conscience de la peur que suscite ce virus.
Ensuite, en général pour l'entrée au collège, on peut introduire les noms "VIH" et "sida". En tout cas, il faut en parler complètement avant l'adolescence.
Les services VIH / hépatites des hôpitaux proposent souvent un accompagnement psychologique.

Au quotidien ?

Le côté médical n'est aujourd'hui plus inquiétant : l'espérance et le confort de vie sont satisfaisants.

La principale difficulté, c'est la prise du traitement au quotidien. Pour un bébé, en général ça va, on trouve des astuces... Mais vers 8/10 ans, puis à l'adolescence, ça peut être particulièrement difficile, au point parfois de décider d'arrêter tout traitement, plutôt que de le suivre en pointillés (ce qui favoriserait les mutations résistantes), et ne le reprendre qu'en cas d'inquiétudes.

L'enfant peut également rencontrer des difficultés psychologiques et sociales, notamment à l'adolescence, à l'âge où on cherche à se mettre en danger... voire à mettre en danger les autres...

Pour bien cerner cette particularité...

Consultez un médecin spécialiste du VIH (souvent également spécialiste des hépatites) proche de chez vous pour bien comprendre quel sera le suivi proposé pour votre enfant.
Le médecin de la COCA dont vous dépendez doit pouvoir vous orienter.

mercredi 2 décembre 2015

Une adoption 3

Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune...
- Année de l'adoption ?
2013
- Quel pays ?
Viêt Nam
- Age de l'enfant à son arrivée ?
21 mois
- Votre profil ? Votre projet ?
Au début des démarches, nous avions respectivement 27 et 32 ans. Nous avions pour projet de vie d'avoir un enfant entre 0 et 3 ans, d'abord en bonne santé. C'est après l'obtention de l'agrément que nous avons sérieusement réfléchi aux particularités et que nous avons un peu ouvert notre projet.
- L'agrément, les OAA, l'apparentement ?
Nous avons obtenu l'agrément en huit mois et demi, en juin 2011. L'enquête sociale a été quelque peu difficile émotionnellement car ça ne passait pas bien avec l'assistante sociale qui nous posait des lapins ou arrivait quatre heures plus tard. Mais ces quelques mois nous ont permis d'élaborer notre projet et de nous ancrer définitivement dans un parcours d'adoption.
Quelques mois après l'obtention de l'agrément, nous nous étions alors ouverts à quelques particularités médicales. Nous étions pressentis pour un pupille de l'Etat qui finalement est décédé. Ce n'est que quelques semaines plus tard qu'un OAA nous a retenus et nous avons quasiment immédiatement reçu une proposition d'enfant. C'était notre fils! Il avait alors six mois et on nous annonçait des délais n'excédant pas six mois.
Ensuite, l'enquête d'adoptabilité a commencé... uniquement six mois après le dépôt de notre dossier... Il nous aura fallu attendre 13 mois pour avoir l'apparentement officiel et 15 mois pour avoir le feu vert.
- Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge médicale, préparation à l'adoption...)
Notre fils a eu un bon suivi médical. Il vivait en orphelinat et les nounous l'ont préparé à son adoption. Nous l'avons compris dès que nous l'avons vu car il avait une photo de nous dans chaque main. Il a regardé ma photo puis a levé les yeux sur moi et s'est mis à pleurer. Il a ensuite regardé la photo de son père et a levé les yeux sur lui et a pleuré. Il savait.
- La rencontre ?
Elle a eu lieu au bout d'une allée, devant la porte du bureau où devait avoir lieu la remise officielle. Nous ne pouvions pas l'approcher, il était trop apeuré.
- Les débuts ? La vie de famille ? Les difficultés ?
Notre fils courait partout. Il n'était bien que dans mes bras mais, paradoxalement, dès qu'il le pouvait, il courait vers les autres femmes.
En France, il y a eu bien des difficultés : il ne voulait pas faire la sieste, avait peur de s'endormir, dévorait d'énormes quantités de nourriture (cela a duré un an), il était violent envers moi mais restait collé à moi, partait sans cesse avec des inconnus, etc. Les choses se sont apaisées petit à petit. J'ai eu du mal à trouver ma place de maman et lui a eu du mal à trouver sa place d'enfant. Finalement, j'ai pu devenir sa maman au fond de mon coeur et aux yeux des autres (car le regard des gens était difficile à supporter) dès lors qu'il m'avait adoptée !
Aujourd'hui, deux ans après notre rencontre, nous avons tous trouvé nos places respectives et nous sommes comblés et heureux.
- Un souvenir marquant ?
Quand nous sommes arrivés dans notre chambre d'hôtel, après la rencontre, il était en état de choc. Debout, immobile, prostré, le regard perdu, fixé sur le mur. Rien ne pouvait le sortir de cet état. Cela a duré deux heures... Nous étions impuissants et ne savions que faire. Plus tard, nous avons mis quelques comptines sur l'ordinateur et nous avons eu droit à son premier rire, pas très naturel, mais ô combien marquant!
Mais il y a tant de souvenirs marquants!
Mam'

lundi 23 novembre 2015

Gérer l'attente...

Il n'y a pas de méthode pour gérer l'attente, seulement quelques conseils qui ont pu aider selon les périodes.

Il est parfois nécessaire de trouver des espaces de parole où on peut discuter de vive voix avec d'autres futurs parents en attente. Il en existe via EFA, via certaines COCA, via certains CG. Cet espace de parole peut aussi être virtuel via le suivi de blogs de couples dans l'attente, de forums sur l'adoption, l'avantage de l'espace virtuel étant pour partie l'anonymat qui peut être sécurisant.

Pendant l'attente, il faut aussi parfois anticiper sur l'attente des autres : la famille, les proches. Là non plus, on ne peut pas faire de généralité : chacun doit trouver ce qui lui permettra de se sentir à l'aise avec le sujet.
Cela peut être d'en parler à la famille immédiate tout en demandant de la discrétion, pouvant alors compter sur ces proches dans les moments les plus longs et difficiles à gérer.
D'autres préféreront garder leur parcours adoptif secret pour ne pas être relancé systématiquement de questions sur cette attente qu'on ne maîtrise pas, pour ne pas avoir à entendre des questions blessantes comme le choix d'adopter un enfant physiquement différent, ou sur l'age potentiel de l'enfant attendu mais subissent alors un isolement de leur famille qui ne participera pas en amont au questionnement.
En parler sans tabou à tous, c'est souvent se heurter à nombre de personnes absolument ignares sur le monde de l'adoption. Il peut s’avérer épuisant de démonter les raccourcis de la société sur l'adoption d'un enfant, mais peut préparer l'arrivée de votre enfant au sein de votre monde social.

Dans l'attente, on se nourrit souvent des expériences des autres, là encore via la lecture de blogs, mais aussi de livres témoignages, de vidéos, de films. On peut se documenter sur les particularités des enfants d'adoptés auprès de professionnels reconnus dans le domaine, psychiatres, pédiatres, psychologues mais aussi quelques philosophes. C'est plus souvent la future maman qui s'y colle... mais certains l'ont compris en amont et proposent aux futurs papas des fiches de synthèse !
Attention aux contextes de ces témoignages et de ces livres : l'Adoptie est un monde en perpétuel mouvement qui peut donc changer de forme très rapidement et rendre certains témoignages déjà obsolètes pour vous.

Certains moments rendront cette recherche de contact ou de témoignages sur le sujet plus compulsive et d'autres vont naturellement vous en éloigner. Parce que la vie va continuer d'avancer, vous entrainant dans des tâches quotidiennes, des instants de vie avec toujours comme arrière pensée... cette attente.

Nala

lundi 16 novembre 2015

conférence du Dr Chicoine

Je voulais partager quelques notions abordées par le Dr Chicoine, pédiatre reconnu dans le monde de l’adoption, lors de sa conférence pour EFA34 sur l’estime de soi.
J’espère ne pas trahir ses propos !

Il faut déjà vous raconter que c’est un très bon orateur, qui a mis le public à l’aise et attentif dès le départ. Il parle bien, on sent qu’il maitrise son sujet mais il sait le transmettre avec des touches d’humour, et quelques exemples à l’appui.

Sur le fond, il entre dans le vif du sujet dès les 1ers mots : « on peut survivre sans amour, on ne peut survivre sans attachement. » Et la théorie de l’attachement s’appuie aujourd’hui sur des données neuroscientifiques (biologie, imagerie cérébrale). L’attachement c’est l’apprentissage de la relation de confiance, cela fait appel à l’affectif et apaise le stress des enfants.
La fenêtre d’attachement des 2, 3 premières années de vie est primordiale, mais il existe des occasions de remédiation cognitives tout au long de l’enfance que l’on n’exploite pas assez.

Dans le développement de l’estime de soi, il y a plusieurs étapes :

-Le nourrisson doit survivre à travers l’autre, il doit donc séduire sa mère. Si ne séduit pas assez, cela va générer un surplus de stress avec possible en péril de la relation avec l’adulte. Certaines pathologies génétiques vont donner moins d’appétence à ces enfants pour l’attachement alors que d’autres le tabac ou la drogue dans les derniers mois de grossesse et notamment le SAF (syndrome d’alcoolisation fœtale) vont donner plus d’appétence aux enfants.

-Vers 12 mois les bébés se régulent dans leurs relations avec l’adulte et commencent à vivre des petites frustrations « je viens et je repars » en commençant à essayer de se détacher de l’adulte.

-Vers 18-21 mois apparait le développement de la mémoire, de la représentation : c’est l’expérience du monde ou le modèle opérant interne.

-Apres 2 ans, l’enfant a une conscience de soi assez égocentrique. Et jusque 3 ans et demi, il apprend à réguler ses émotions, c’est ce que les anglo-saxons appellent le « terrible two ».

-Entre 3 ans et demi et 7 ans, les enfants vont aller cers l’autre, c’est l’intersubjectivité, ils sont plus à même de voir avec empathie l’autre. Ils ont aussi développé leurs capacités et compétences sociales.

-7 ans c’est l’âge de début de l’estime de soi, où l’enfant a suffisamment de recul sur les expériences positives ou négatives pour apprécier la suite et les répercussions de ces conséquences. Avant 7 ans il faut donc faire l’impossible pour atteindre cette maturité.

Dans nos sociétés on demande beaucoup aux enfants avant 2ans et demi, alors qu’ils ne sont pas toujours capables, cela peut générer une mise en échec à l’âge de 7/8 ans lorsque l’enfant n’a pas suffisamment développé son estime de soi. Les enfants adoptés ont été insuffisamment remplis, et non pas insuffisamment punis par manque de relation et peuvent développer une mésestime de soi, qui n’est pas liée à la génétique ou au fait de venir de loin. Il faut alors se mettre à genoux en tant qu’adultes pour les remplir. On a plus de temps en adoption pour travailler parce que par ailleurs ils ont souvent des retards de développement. Il faudra en général la moitié de l’âge chronologique de l’enfant à son adoption pour sécuriser l’attachement. La meilleure arme de remédiation affective est le congé parental de longue durée.

Pour protéger nos enfants adoptés de cette mésestime de soi, il faut éviter la mise en échec, il faut les nourrir de succès par des compétences dans d’autres domaines que le scolaire, le sport, le dessin, la musique. Le risque c’est d’avoir un très gros programme mais ils apprendront alors beaucoup par le parascolaire le but étant d’avoir des éléments de succès. Apres 8 ans il ne faut pas faire redoubler les enfants pour éviter la mise en échec. Il est d’ailleurs bien plus important d’avoir des amis que d’avoir des bonnes notes scolaires, c’est beaucoup plus important pour l’estime de soi et sa construction.
Il faut parfois faire appel pour passer la main à des intervenants extérieurs, AVS pendant le temps scolaire, éducateur pour les devoirs à la maison, les psychomotriciens et ergothérapeutes etc.

Souvent en adoption, il n’y a pas de problème d’intelligence des enfants mais des déficits dans l’attention, la motivation, leurs autonomies ou leur responsabilisation qui vont modifier les résultats de tests de capacité : on sous-estime alors leurs capacités cognitives.
Il faut éviter les punitions, les humiliations puisque les enfants adoptés y sont aguerris. Il faut discipliner avec bienveillance pour ne pas nuire à l’estime de soi, avec si l’enfant reconnait son erreur, la possibilité de piocher une conséquence comme aider à faire la vaisselle dans un pot à conséquence fait pour, ou s’excuser auprès de lui s’il n’a pas pu avouer sa faute parce que notre question d’adulte était alors trop compliquée pour lui. Pas de fessée : 1/3 des enfants (indépendamment de l’adoption) ne sont pas suffisamment sécurisés dans leurs attachements, les gifles et fessées peuvent alors détruire l’estime de soi de ces enfants (c’est pour protéger ces enfants-là que la loi au Québec interdit les punitions corporelles et non pour les autres 2/3 qui sont capables de les supporter).

Dans l’adoption on note une plus grande tendance à l’impulsivité, à la dérégulation du mouvement, à la désinhibition (TDA trouble de l’attention +/- H avec hyperactivité). 7% de TDAH (atteinte de plus de 2 domaines pendant plus de 6 mois pour faire le diagnostic), dont 50% à 2/3 seront à traiter pendant une courte période, 1/3 n’auront besoin que de mesures adaptatives.

A noter que les enfants ayant présenté un épisode de malnutrition dans l’enfance auront des raisons cognitives à une mésestime de soir par atteinte d’une partie du cerveau qui normalement sert à l’attention et l’activation de l’abstraction ou flexibilité des idées. Ils sont alors moins bons en maths et en grammaire.

Coté parents, quelle piste pour avancer ?

A noter que l’attachement est le lien de l’enfant vers le parent, quand le parent rentre en lien avec l’enfant, on parle de bonding (NB to bond en anglais veut dire « se rapprocher ».

-D’abord la technique de l’apéro, il faut se rendre disponible 20 min pas plus pas moins c’est physiquement signifiant pour l’enfant. On n’intervient pas, c’est lui qui choisit le jeu et on le laisse se remplir de notre disponibilité. Donc prendre un verre d’apéro avant pour se rendre disponible !

-La technique du « wait, watch and wonder » : on construit une tour chacun coté parent et enfant et on attend que l’enfant demande de l’aide, on n’est pas intrusif, là encore disponibilité physique et psychique.

-Il faut être activant : on doit pouvoir le laisser faire. Par exemple il est très très important que l’enfant ait la capacité de s’endormir seul. Il faut l’y amener mais ne jamais ramener l’enfant dans son lit parental. On peut prendre une chaise à côté de lui dans sa chambre mais on ne doit pas pas exemple toujours le bercer pour l’endormir. Il faut minimiser les objets transitionnels dans le lit : pas de milliers de doudous.

Lorsqu’à l’adolescence l’enfant n’est pas rendu là on aurait aimé les amener, que le manque de confiance est important, avec violence, énurésie, destruction de ce qu’il y a de beau systématiquement, le mise en famille n’est plus la meilleure chose. L’attachement est trop insecure, la brisure est trop grande. Il faut orienter vers un pensionnat ou une famille d’accueil froide avec des réentrées ensuite progressive pour réadapter la situation adoptive.
Le développement cérébral se poursuit jusque 23 ans, donc même ceux qui iront dans la délinquance et la drogue mais qui s’en sortent entre 16 et 23 ans pourront encore accéder à une remédiation cognitive (c’est jusque 23 ans que les neurones du cerveau mâturent avec une myélinisation notamment du corps calleux).

Messages forts de cette conférence à mes yeux:
-se donner tous les moyens de créer un attachement secure pour construire une estime de soi mature
-travailler les succès et éviter les échecs, notamment en dehors de l’école, importance des amis+++++, importance du sport
-éducation bienveillante à favoriser

vendredi 6 novembre 2015

Une adoption 2

Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune...
- Année de l'adoption ?
2014
- Quel pays ?
Chine
- Age de l'enfant à son arrivée ?
15 mois
- Votre profil ? Votre projet ?
Après notre retour de voyage de noces, un bout de papier, résultats d'examens fait avant le départ, nous est tombé dessus comme une massue : la biologie ne serait pas de notre côté dans notre projet d'agrandir la famille. Mon mari avait 31 ans, moi 27, jeunes mariés, en couple depuis déjà 8 ans.
- L'agrément, les OAA, l'apparentement ?
Nous avons donc pris notre plume et écrit au conseil général de notre département le jour même où nous avons pris rendez-vous en PMA. C'était en juin 2008, nous avons été transparents sur notre projet des 2 côtés, et alors que notre petit miracle de la PMA grandissait depuis 3 mois, nous avons obtenu notre agrément pour un enfant porteur d'une particularité médicale le 19 avril 2009.
Nous avons pris du temps à 3, déménagé, repris contact avec un nouveau CG, et repris notre plume, une fois posés dans notre nouvelle maison... à la recherche d'un fil rouge.
Une OAA chère à notre cœur nous a acceptés et après quelques impondérables administratifs (mise à jour des dossiers par voie internet), notre dossier s'est envolé en septembre 2013.
Le 28 novembre 2013, alors que nous venons de terminer notre dernier entretien social pour le renouvellement de notre agrément, et que nous faisons quelques courses, mon mari déboule l'air ahuri "ton téléphone a sonné mais c'est moi qui l'avait, et le mien aussi mais je ne l'ai pas entendu, j'ai entendu le message, il faut qu'on sorte!", nous voilà sur un bout de parking, à écouter ensemble des mots si doux "je voulais vous parler d'une petite fille...".
5 jours après nous avons eu accès à son dossier sur l'antenne nationale de notre OAA, à notre 1ere photo (moment très émouvant, les personnes de l'OAA nous ont remis une enveloppe, se sont éclipsés et nous ont laissé à notre émotion).
- Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge médicale, préparation à l'adoption...)
Notre fille a toujours été en orphelinat, au même étage. Les enfants ne sortent pas, trop de pollution, sauf s'ils doivent aller passer des examens médicaux à l'extérieur. La prise en charge médicale a été satisfaisante sur place, nous avons pu récupérer quelques éléments via notre OAA, qui l'a vue et examinée 3 fois lors de leurs voyages avec des vidéos et des photos.
Les nourrices de l'orphelinat ont réalisé pour elle un petit cahier de vie, avec des empreintes, des petits dessins, des anecdotes de vie et des photos, qu'ils nous ont remis à son arrivée.
Sur le plan médical, après vérification des sérologies et des anticorps à la COCA tout était conforme à ce qui avait été donné par les autorités chinoises notamment sur les vaccins. Le reste ses particularités a été géré en France à son arrivée mais il n'y avait aucune urgence.
Difficile de savoir exactement ce qui avait été dit à notre fille ! Nous avions pu lui envoyer, après la validation de l'apparentement, un petit colis avec un album photo de notre famille sous titré en chinois, et un appareil photo jetable. Des photos de notre fille avec l'album ont été prises et ma fille est venue à notre rencontre avec son petit sac contenant tout ce que nous lui avions envoyé (dont le sac à dos).
- La rencontre ?
Le 24 mars 2014 à Canton, dans une salle des affaires familiales, au septième étage, avec les autres couples de notre groupe (même OAA). Une impatience fébrile... Les enfants arrivent mais se rendent dans une salle pour être changés, boire et préparer à notre rencontre. Je reste cachée derrière un pylône parce que je ne veux pas d'une première image volée, je veux voir ma fille arriver vers moi.
Elle arrive en dernier, minuscule petite fille qui tient fermement les mains de sa nounou à bout de bras, lumineuse, je la prends dans mes bras, elle pleure de surprise : nouveaux visages, nouvelles odeurs, que de changements !
Sa grande sœur tombe immédiatement sous le charme ; les premiers sourires, les premiers fous rires seront pour elle avec des jeux. Elle s'endormira rapidement, après une longue journée de premières fois sous nos yeux émerveillés.
J'ai un coup de foudre physique mais ma raison me retient, il faudra un mois pour que je lui avoue combien je l'aime...
- Les débuts ? La vie de famille ? Les difficultés ?
Les 48h premières heures sont compliquées pour la nourriture : elle ne veut rien goûter, mange quelques cuillères de congee (plat de base, bouillie de riz) mais je ne m'en inquiète pas, tout est nouveau. Elle ne boira jamais de lait, ni là-bas ni à notre retour ; intolérance ou absence d'habitude, on ne saura jamais ! On compense par d'autres apports de produits laitiers. !
Côté sommeil, elle est sereine. Elle aimera vite les rituels du soir : histoire, câlins, coucher avec doudou (son doudou du colis, et un petit coussin ramené de chine).
La grande sœur est aux petits soins mais tente de soustraire ses jouets les plus précieux. Elle prête avec beaucoup de plaisir ses peluches, tient dur comme fer à choisir une nouvelle robe pour sa sœur. Le moment le plus complice est l'heure du bain, ou on s'en donne à cœur joie !
Très décidée, elle nous donne vite ses préférences et son arrivée dans la famille se passe avec beaucoup de facilités. Seul le chat pourrait témoigner que caresser sans tirer les poils nécessite un apprentissage !
Difficile de laisser son petit bout pour faire la prise de sang nécessaire à la COCA puis plus tard à l'anesthésiste pour sa première intervention. Heureusement je peux vite la retrouver en salle de réveil. Je me souviens avoir eu un élan de jalousie de la voir dans les bras de l’infirmière en arrivant dans la salle de réveil... protectrice comme une lionne !
Difficile aussi, coté administratif pour l'inscription à la sécu, pour la carte d'identité et le passeport, difficile de supporter régulièrement des propos qui se veulent de l'humour mais voilent un racisme, difficile d’être remise en question sur ma maternité vu que j'ai une enfant attendue dans le ventre et une attendue dans le cœur (autant pour l'une que pour l'autre du coup)...
- Un souvenir marquant ?
Le trajet en bus de retour du bureau des affaires civiles, moins d'une heure après l'avoir rencontrée, notre fille sur mes genoux dans le bus, qui ouvrait ses grands yeux sur le monde en mouvement dehors : les arbres, les voitures, les gens, le bruit, la luminosité, tout l'émerveillait et elle semblait complétement subjuguée !

Nala