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lundi 19 novembre 2018

Une adoption 19

Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune... 

Le 20 février 2017, nous publiions le témoignage de Hope, alors maman dans l'attente de son fils. Hope inaugurait d'ailleurs la rublique "En attente". Elle nous fait part aujourd'hui de l'arrivée tant attendue de son petit garçon... 


Année de l'adoption ? 

2017

Quel pays ? 

République Démocratique du Congo 

Age de l'enfant à son arrivée ? 

8 ans 

Votre profil ? Votre projet ? 

Mariés en 2002 et parents d’un enfant bio. Pour agrandir la famille, nous faisions le choix singulier d’adopter un enfant de 0 à 5 ans (né après notre aîné, bien sûr). 

L'agrément, les OAA, l'apparentement ? 

Le service adoption de notre département était en refonte totale. Avoir notre agrément a pris 24 longs mois… Ah ah, je l’entends encore raisonner cette histoire de « 9 mois symboliques, comme une grossesse ». Même si nos échanges avec les travailleurs sociaux se sont avérés riches et intéressants, cette étape, dans sa durée, a été digne de la gestation d’une éléphante ! Mais ce ne fut pas le pire… Sésame en poche, nous faisions le choix de ne pas choisir et partions à la fois en quête d’un enfant pupille de l’Etat et d’un enfant d’origine étrangère. 

Finalement, le destin a été scellé lorsqu’un OAA a retenu notre dossier : notre cadet viendrait de République Démocratique du Congo. Quel bonheur pour moi qui avait secrètement rêvé d’un enfant à la peau brune… L’apparentement est intervenu dans les 8 mois qui ont suivi la signature de notre engagement avec l’OAA. C’était sous la forme du fameux « coup de fil magique » bien connu dans le monde de l’adoption. Cet appel téléphonique qui, en une fraction de seconde, fait de vous un parent. En trois phrases, la proposition d’apparentement était faite. C’était un garçon. Il avait 4 ans ½. En bonne santé. Un mail a suivi, avec 3 photos de l’enfant et un compte rendu médical plutôt succinct. C’est fou comme ces traits auparavant totalement inconnus sont rapidement devenus familiers… Nous n’attendions plus « un enfant », nous attendions « notre fils ». Il avait désormais un visage. Il « existait » rendant le projet plus concret et, dès lors, le rapprocher de nous est devenu notre priorité. 

Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge médicale, préparation à l'adoption...) ?

L’OAA nous avait laissé entendre les enfants apparentés seraient placés dans un centre spécifique, à la fois pour limiter les risques de contracter des maladies dont ils étaient exempts au moment des examens sanguins (hépatite par exemple) mais aussi pour éviter aux enfants « non adoptables » de vivre aux côtés de ceux qui avaient la chance de quitter l’orphelinat. Il n’en fut rien. Les moyens sur place étaient plus qu’insuffisants pour nourrir et soigner les enfants. Il est arrivé que des enfants (apparentés ou non) décèdent par manque de moyens pour payer l’hôpital et les soins. Bien égoïstement, je dois l’avouer, nous avions la peur au ventre au quotidien pour notre fils! Nous ne savions pas vraiment ce qui était dit aux enfants sur leur adoption prochaine. L’attente fut terriblement rallongée par des problèmes variés dont, les plus importants, que je qualifierais de « géopolitiques ». Nous n’avions aucun contact avec les éducateurs ou les enfants apparentés. C’était interdit ; aucun contact, de façon plus générale, avec le pays d’origine. L’OAA, au rythme de ses missions (2-3 par an), consentait à transmettre aux enfants une carte de leurs parents. Seulement ça. Les cadeaux prenant trop de place dans les bagages. En retour, nous recevions 2-3 photos. C’était bien peu… mais cela constituait une réelle bulle d’oxygène. On voyait notre fils souriant, le plus souvent. Il semblait se porter bien. 

La rencontre ? 

Il nous a fallu terriblement nous battre pour mener à bien notre projet. On a parfois cru ne jamais y parvenir… même si nous n’avons jamais baissé les bras ! Aussi, au moment de la rencontre, alors que 4 années s’étaient écoulées depuis l’apparentement, nous avions tous été éprouvés et nous nous sentions à la fois pleins d’impatience et de doutes. Cette rencontre, nous nous l’étions souvent imaginée. Il y avait ce qui était important pour nous, ce qui nous semblait important pour notre enfant. Il y avait des craintes et nous avions conscience que nos attentes et celles de notre fils étaient sans doute différentes. Nous nous préparions à nous montrer patients et compréhensifs envers lui. Finalement, nous avons été contraints de tirer un trait sur tout ce qui nous avait semblé primordial pour cette occasion, notamment parce que nous n’avons pas pu nous rendre dans le pays d’origine de notre fils. Jusqu’à la dernière minute, nous avons craint qu’il puisse ne pas arriver… Mais lorsqu’il est enfin apparu devant nous, dans ce grand hall d’aéroport froid, bruyant et impersonnel, toutes nos craintes se sont envolées. Il était là, il était magnifique et si je ne l’ai pas serré fort dans mes bras pour ne pas l’effrayer, j’ai pris sa main dans la mienne et je ne l’ai plus lâchée. 

Les débuts ? La vie de famille ? Les difficultés ? 

Les premiers jours, notre fils a mis une grande volonté à épouser le moule de ce qu’il pensait être l’enfant attendu. Avait-il envie d’être aimé ? Peur d’être rejeté ? Certainement ! C’était un peu comme une lune de miel, c’était doux et chacun montrait le meilleur de lui-même. Les difficultés sont arrivées rapidement, intensément et bien éloignées de ce à quoi nous avions pu nous préparer. Les premiers écarts entre ses attentes et la réalité ont fait exploser cette coquille d’enfant modèle, silencieux et discipliné. Son premier réflexe a été la fuite et le rejet. Lui, il n’avait pas demandé ça ! Je le savais beau, intelligent, drôle, … j’ai aussi appris qu’il pouvait courir vite ! Par la suite, ça a été l’escalade dans la violence. Des mots qui blessent, jusqu’aux promesses d’une vie d’enfer et aux menaces de mort sans oublier les affrontements physiques, lorsque dans une grande fureur il perdait le contrôle de lui-même et se voulait du mal autant qu’à nous. Les jours se suivaient avec un lien fort qui se tissait, des moments pleins de tendresse et d’amour partagé et tout à coup, des crises incontrôlables quelque soit l’heure du jour ou de la nuit. Cela générait un véritable ascenseur émotionnel, cette époque a été un tsunami dans nos vies. La puberté s’est invitée au bal et sans doute qu’elle n’a pas aidé, durant cette période de trouble. Toute cette procédure d’adoption et ces « aléas » nous avaient fait perdre un temps précieux. Je ressentais un profond sentiment d’injustice. Ce temps perdu, je n’en disposerai jamais pour créer du lien avec lui, pour panser ses plaies, pour lui éviter l’accumulation de situations difficiles qui l’auront marqué à vie. Et, à présent, il est urgent de devenir un référent, un guide pour l’aider à pousser droit. Urgent de fabriquer une famille, un repère solide pour qu’il devienne un homme heureux. Le défi est incroyablement grand… Mais le défi est incroyablement beau ! Ensemble, nous avons appris à gérer les crises et nous nous sommes apprivoisés. A chaque occasion, nous avons rappelé à notre fils la raison pour laquelle il était à nos côtés, nous l’avons rassuré sur notre amour inconditionnel. C’est une belle personne et nous le lui avons démontré. Aujourd’hui, notre garçon est épanoui. La vie n’est certes pas un long fleuve tranquille mais j’ai confiance en lui et en l’avenir. Il est important de savoir que l’adoption ne se résume pas à ce que nous montrent les films. Une fois l’enfant arrivé, l’histoire ne fait que commencer et c’est ensemble qu’elle doit s’écrire, avec les forces et les faiblesses de chacun. A plusieurs mains, l’écriture est plus riche ! 

Un souvenir marquant ? 

Tellement de souvenirs marquants… Il a éclairé nos vies de sa présence. Le premier fut la rencontre de nos deux enfants, quand sa sœur est venue nous accueillir à la gare. Le visage de notre fils s’est détendu lorsqu’il a vu sa sœur. Ils étaient tous deux un peu intimidés mais notre aînée était fière et heureuse. Ils se sont donné la main, et ont marché ensemble jusqu’à la voiture. Aujourd’hui, ils se détestent autant qu’ils s’aiment. Il n’y a aucun doute, ils sont bien frère et sœur !!!!"

 

On a lu pour vous 12 : Mauvaise mère

Ce livre est un témoignage d'adoption difficile, écrit par la maman alors que sa fille a plus de 30 ans et qu'ils ne sont pas sortis du sable. J'ai lu pas mal de témoignages et j'ai trouvé que celui-ci avait de grandes qualités : brutalement honnête sans tomber dans le sordide, honnête dans les remises en question de la maman qui écrit, avec un certain ressassement qui réussit à ne pas être chiant mais au contraire authentique. Mais aussi dans ce qu'elle reproche à son mari, à sa fille, au système de santé, mais sans tomber dans le "c'est de la faute des autres" qu'on peut lire parfois.

Le titre et la couverture ne sont pas flatteurs, et à mon sens mal choisis ; le contenu est plus profond que ce que ces photos légères laissent entendre, et le témoignage va bien au-delà de la remise en question d'une mère, puisqu'il aborde la famille entière et la maladie mentale.

Ce témoignage est dur à lire pour une maman par adoption ; il faut peut -être éviter lorsqu'on se sent fragile. Parce que bien sûr on ne peut s'empêcher de se demander : qu'ont-ils mal fait ? Que puis-je faire pour éviter cela ? Est-ce que mon petit risque de tourner ainsi ? Alors que la question n'est sans doute pas là.

Quand même, le grand mérite de ce livre, au-delà de montrer que certains enfants arrivent brisés, même s'ils sont tout petits, est de faire réfléchir à la dynamique du couple et notamment à la question des limites et du cadre. Le récit donne le sentiment que la maladie de la petite se serait développée quoiqu'il en soit, mais que la situation ne se serait pas dégradée autant et pour la famille entière si les parents avaient pu s'entendre sur un cadre.

J'espère que les prénoms ont été changés car ce qui est livré est très intime -- c'est ce qui fait son intérêt. Seule la fille ainée est un peu préservée dans ces pages.

Je veux enfin souligner qu'il ne s'agit pas d'un échec d'adoption. Il s'agit d'une adoption qui débouche sur une vie de famille difficile, il s'agit d'une jeune femme souffrant d'une pathologie psychologique, il s'agit de grandes difficultés en particulier pour la mère et dans le couple, mais la famille est bien une famille. Au final il est davantage question de maladie mentale que d'adoption, même si l'auteur revient sur le passé et sur la quête des origines de sa fille. Enfin, je sais gré à Judith Norman d'avoir évité toute généralisation et remise en question de l'adoption dans son principe à partir de son histoire.
Mitzie

jeudi 8 novembre 2018

une attente 4


Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa encore dans l'attente de son(ses) enfant(s)... 


Votre profil ? 

Nous sommes âgés de 39 ans tous les deux, en couple hétérosexuel depuis 10 ans, et mariés depuis juin 2016. Nous n'avons pas encore d'enfant, mais sommes en pleine grossesse adoptive ;-).

Nous avons souhaité fonder une famille dès 2010. Je suis d'ailleurs tombée enceinte très vite, grossesse qui s'est terminée 3 mois plus tard... Je ne savais pas alors que ce serait mon unique grossesse biologique!

Et puis... les mois passent, sans que rien ne se passe. Ensuite, il y a eu la PMA, pendant plusieurs années... et puis un jour, nous avons dit stop à ces démarches médicales intrusives et à ce qu'engendraient les traitements pour ma santé.

Depuis quand avez vous le projet d'adopter ? quel a été votre cheminement vers l'adoption ?

Le jour même où nous avons pris la décision d'arrêter la PMA, nous avons étudié les voies qui s'offraient à nous. La parentalité fait partie de nos projets de vie, il était hors de question d'y renoncer.

Une fois passé le cap du deuil de la grossesse biologique, l'adoption a été très vite une évidence pour nous!

Nous avons tous deux des compositions familiales atypiques qui nous ont très tôt confrontés aux questions de ce qui fait une famille, un parent, et de la place ou pas de la transmission génétique dans tout ça (j'ai une sœur issue de PMA avec don avec qui je n'ai aucun gène en commun, le frère de mon mari a été élevé par un père "adoptif", qui n'était pas son géniteur... pour ne parler que d'eux !)


Votre projet ?

Nous avons un agrément pour un enfant de moins de 4 ans, de sexe indifférent, toute ethnie, et pouvant présenter des particularités légères et /ou curables.

Pour l'âge, nous avons observé les enfants de notre entourage, avec comme question : pourrions nous nous sentir parents d'un enfant de tel âge?

Concernant les particularités, nous avons rencontré un pédiatre spécialisé, de la COCA, qui nous a expliqué une masse de pathologies, leur prise en charge, leurs séquelles... une fois munis de ces infos, nous avons réfléchi chacun de notre côté, nous étant mis d'accord : pour nous, il fallait que les deux puissent se sentir parents de notre enfant, et donc si l'un s'opposait à une pathologie, il n'y avait pas de discussion. Bon, j'avoue, ça ne nous a pas empêchés de tenter d'argumenter ;-). Mais au final, nous sommes tous les deux pleinement d'accord avec les limites de notre projet.

Quelles démarches post-agrément ?

Nous avons obtenu l'agrément en septembre 2017.


Le Conseil Départemental nous avait bien dit que nous avions le profil idéal pour un nourrisson pupille de l'état, nous avons donc fait le choix d'attendre un an ou deux, pour voir si cela pouvait aboutir... et puis, les coûts d'une procédure à l'international nous faisaient peur, nous avions encore besoin d'évoluer sur cet aspect.

Et puis nous avons rencontré des parents, qui avaient adopté un an auparavant en Thaïlande. En entendant leur parcours, nous avons pris conscience de la difficulté d'être acceptés par un OAA, et du délai possible avant de voir s'entrouvrir une porte...

Fin novembre 2017, nous avons envoyé des courriers aux OAA agréés de notre département, presque tous, ayant écarté uniquement ceux qui ne travaillaient que dans les pays où les enfants adoptables étaient grands.

4 jours plus tard, à notre immense surprise, nous recevions un courrier d'amorce de rencontre avec un OAA - d'ailleurs nous n'avions pas compris, et nous avons fait la gueule tout le week-end, croyant qu'il s'agissait d'une arnaque, puisqu'ils ont eu la bonne idée de joindre l'échéancier des frais à cette première réponse!

Au final, 4 OAA nous ont répondu qu'ils souhaitaient nous rencontrer. Nous en avons écarté 2, qui travaillaient avec le même pays, car nous n'étions pas à l'aise avec les procédures d'adoption là-bas, notamment les délais entre l'apparentement, la rencontre et le retour à la maison.

On a tout misé sur le Vietnam! Les 2 OAA rencontrés nous ont donné leur réponse définitive la même semaine, après diverses étapes de rencontres. Nous avons eu le luxe de choisir par affinités :-)

Aujourd'hui, nous avons l'agrément depuis 14 mois, et un dossier au Vietnam depuis 6 mois. Nous sommes en attente du coup de fil de la rue d'à côté, ou du pays là-bas, qui fera de nous des parents.

Comment occupez-vous et gérez-vous l'attente ? 

Nous essayons de nous rappeler qu'il y a autre chose à vivre, et notamment nos derniers mois en tant que couple sans enfant... mais on y pense tout le temps. Notre enfant n'est pas là, mais il est déjà beaucoup dans nos têtes, et il se fraie un chemin dans nos cœurs...


Je suis en pleine grossesse, mais je ne peux pas sentir bouger mon petit, et j'attends l'échographie :-). Alors je guette des signes, qui me font dire que notre petit me fait coucou! Mon signe le plus absurde c'est d'avoir trouvé le Vietnam sur une bouteille de bière ;-)

J'ai l'impression, au fil des mois, que l'attente se fait plus physique, je sens un vide qui a besoin de se remplir par de la nourriture adoptive.

Alors nous assistons aux réunions EFA, notre OAA nous propose pas mal de formations (déjà 3 entre mars et novembre).
Et puis nous regardons des films, lisons des livres, rencontrons des gens en vrai ou virtuellement... Et nous témoignons!

Quel est votre vécu, vis à vis de vos proches, de cette attente ?

Nos proches sont tous très impatients, nous en profitons pour les préparer aux spécificités adoptives, notamment dans les premiers contacts. Pour l'instant ils sont à fond dans la compréhension, mais je parie qu'ils vont jeter leurs bonnes résolutions aux orties dès que notre enfant pointera le bout de son nez, et que nous devrons les éloigner avec des fourches et des piques! Même nos neveux et nièces nous demandent des nouvelles "du cousin".


crédit photo Cœur adoption