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lundi 1 avril 2019

Prime à la parentalité adoptive

Les représentants des familles adoptives se réjouissent de la mise en place d'une prime à la parentalité adoptive, par un amendement attaché au projet de loi pour le soutien aux familles, qui vient d'être approuvé par l'Assemblée Nationale.

"Nous nous sommes aperçus que les parents adoptifs sont sur-représentés dans les consultations médicales et psychologiques", explique Lorette Blageon, secrétaire d'Etat chargé du soutien aux familles, "et même malheureusement dans les consultations psychiatriques, souvent pour des syndromes d'épuisement nerveux. Il est donc urgent d'agir en amont, à la fois afin de soutenir ces familles, mais également dans l'objectif de réduire les dépenses considérables que la sécurité sociale engage pour elles".

Cette prime sera accordée sous la forme de "bons de soutien psychologique", qui pourront être utilisés pour des consultations thérapeutiques auprès de thérapeutes conventionnés, mais également sous certaines conditions pour des gardes d'enfants, des massages et des thalassothérapies.

"Les détails de l'application seront affinés lors de la lecture au Sénat", indique Lorette Blageon "mais les parents qui se sentent en voie d'épuisement sont d'ores et déjà invités à consulter le portail mis en place afin de choisir une thérapie appropriée. Les cures de thalassothérapie, en nombre limité, risquent en effet d'être très demandées. Nous demandons donc aux fédérations de parents adoptifs de transmettre cette information à leurs adhérents : rendez-vous très rapidement sur http://soutienfamillesadoptives.gouv.fr".

mardi 4 décembre 2018

Conseils pour ceux qui éprouvent des difficultés à aimer leur enfant adopté

Nous avons eu envie de vous faire partager cet article : "Helpful Advice if you don't like your adopted child" trouvé sur un blog anglophone. Ecrit par une maman adoptive, il sonne authentique en plus d'être très pertinent. En voici une traduction pour ceux qui préfèrent la VF :


Me voici en train d’écrire un article de blog sur un sujet que je n’aurais jamais pensé aborder.
Et si vous n’aimez pas votre enfant adopté ?

Evidemment, personne ne se lance dans l’adoption en pendant « je ne vais pas aimer mon enfant ». La plupart des gens aborde la démarche avec générosité, détermination et une foi inébranlable. Il n’en est pas moins vrai que de nombreux parents adoptants éprouvent des difficultés à tisser une relation et un véritable attachement avec leur enfant.

Bon, ce n’est pas grave, faites semblant jusqu’à ce que ça vienne ! Après tout vous êtes adulte ; c’est le moins que vous puissiez faire pour un enfant qui a subi des traumatismes. Faites pas votre chochotte. C’est ça être parent, on vous dit.

Eh bien en tant que mère bio et adoptive, je peux vous dire, que cela peut être très différent d’éprouver des difficultés à aimer votre enfant adopté par rapport à un enfant biologique. « C’est ça être parent » est bien la dernière chose qu’un parent adoptant en difficulté avec son enfant a besoin d’entendre. Je connais la différence et je peux vous dire que non, ce n’est pas juste « être parent ».
Nos enfants bio n’ont généralement pas subi des traumatismes depuis leur conception. Ils ne sont sans doute pas nés avec un syndrome de manque. Ils n’ont probablement pas été abusés, négligés ou abandonnés par leurs premiers donneurs de soins, ce qui peut causer un manque crucial dans le développement de leur cerveau. Quelle que soit l’histoire de votre enfant adopté, il y a 99 % de chances pour que la comparaison ne soit pas pertinente. Alors, de grâce, évitez de comparer ou de minimiser la peine d’un parent adoptant en disant « c’est ça être parent ».

OK, j’arrête la minute doléances pour en arriver à mon sujet. Je lutte depuis des années pour établir une relation avec mon m’enfant, m’attacher à lui et l’aimer réellement. Mais il y a de l’espoir et je m’accroche.

Vous voyez, moi aussi je me suis lancée dans l’adoption avec tout mon cœur. Je pensais pouvoir « y arriver ». Je jugeais les parents qui éprouvaient des difficultés en me disant en mon for intérieur « Tu es l’adulte, tu peux faire passer son traumatisme avant ta douleur ».

Puis j’ai rencontré mon enfant. Et tout en lui m’a déstabilisé et a perturbé la famille. Son traumatisme s’est traduit très concrètement par une présence hyperactive dans notre foyer réglé et paisible et. Les diners en famille, qui étaient mon moment préféré de la journée, se sont transformés en batailles affreuses. Notre consommation de vin au diner a augmenté de façon exponentielle. Mes autres enfants qui étaient mignons et câlins ont commencé à se terrer dans leurs chambres pour éviter d’affronter le chaos. Notre foi est tombée au niveau des pâquerettes.

Nous avons tout remis en question.

Mais même aux moments les plus durs, même dans la douleur, les hurlements et l’envie de tout plaquer, nous avons réalisé quelque chose de profond : nous faisions nous-mêmes l’expérience du traumatisme et nous devions nous aider nous-mêmes avant de pouvoir aider notre enfant. Nous étions épuisés, à terre, pourtant nous n’avions que ces pauvres ombres que nous étions devenus pour alimenter et petit humain fragile et insécure.

Nous avons compris que même si le monde de notre enfant était fou, nous n’avions pas à l’être. Nous pouvions tenir le cap. Oui ça demande beaucoup de force, mais nous avons vu qu’il était possible de maîtriser nos réactions et nos émotions afin d’être les piliers solides dont notre enfant avait besoin.
Aujourd’hui je peux vous le dire : c’est possible, et vous n’êtes pas seul. Vous pouvez vous attacher à votre enfant et l’aimer même si pour l’instant il vous fait tourner en bourrique.

Voici quelques trucs qui ont aidé notre famille et quelques références que je suggère à tous les parents adoptifs fatigués :

1.      Ne prenez pas l’habitude de parler mal de votre enfant. Exprimez vos difficultés pour obtenir de l’aide, mais ne répétez pas sans cesse vos griefs, car ils risqueraient de se solidifier et de devenir la seule chose que vous pensez de votre enfant.

2.      Pour contrebalancer le négatif, faites une liste de choses que vous aimez chez votre enfant. Même si au début ce ne sont que de petites choses comme la façon dont il caresse le chien, enrichissez la liste régulièrement. La gratitude suscite la gratitude, et un jour, votre cœur arrivera à apprécier réellement votre enfant tel qu’il est.

3.      Trouvez une activité que vous aimez tous les deux, réservez des créneaux dans votre planning et allez-y ! Jouer ensemble favorise l’attachement des deux côtés.

4.      Johanne Lemieux. Ça se passe de commentaire. Si vous n’êtes pas au top sur la théorie, lisez « La normalité adoptive », regardez les vidéos de Johanne Lemieux en ligne et commencez à établir une relation basée sur la confiance avec votre enfant difficile à aimer. (NDT : pour les anglophones, la source citée dans l’article d’origine était « The Connected Child » de Karyn Purvis, qui n’existe malheureusement pas en VF)

5.      PRENEZ SOIN DE VOUS. Psy (pour vous), sorties de couple, vacances, cinéma, femme de ménage si vous le pouvez, massages, tout ce qui peut vous aider à penser à autre chose !

6.      Bougez. Je ne rigole pas. Je n’ai jamais été sportive avant d’avoir cet enfant, et je suis passée à 5 à 6 séances d’activité physique par semaine. La dépression peut empêcher la sérotonine d’accéder à votre cerveau ; l’activité physique permet de lever ces blocages et de vous aider à éprouver des émotions agréables.

7.      Vitamines. Vous n’avez qu’à faire une recherche Internet sur le rôle des vitamines dans la dépression. Pour ma part j’adore les familles B et D et je suis fan du magnésium !

8.      Médicaments. Pour être honnête, je n’ai jamais essayé mais de nombreux parents ont commencé à prendre des antidépresseurs pendant ou après leur procédure d’adoption et s’en sont trouvés mieux.

9.      Ne pensez jamais que vous n’aimez pas votre enfant. Du moment que vous voulez son bien : c’est ça l’amour. Certaines personnes ont du mal avec ça, mais apprécier et aimer ne sont pas des synonymes. Ma définition de l’amour parental n’a rien à voir avec les émotions. Confondre les deux, c’est se culpabiliser et risquer de commencer à envisager un futur sans cet enfant.

10.  Enfin, ne laissez pas votre bien-être et votre joie reposer sur la situation réelle et émotionnelle de votre foyer. Ce dernier point m’a pris longtemps, mais j’ai fini par comprendre qu’il est possible de trouver de la paix et de la force même dans les périodes de souffrance. Ceux qui ont la foi pourront élargir leurs prières et ressentir de décentrez leurs pensées de leur enfant. Ouvrez votre cœur à l’amour et à la bonté de l’univers et soyez simplement reconnaissant à la vie au-delà de vos circonstances particulières. Recentrer mon âme ainsi m’a vraiment permis de trouver des réserves d’amour et de patience pour mon enfant.



lundi 19 novembre 2018

Une adoption 19

Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune... 

Le 20 février 2017, nous publiions le témoignage de Hope, alors maman dans l'attente de son fils. Hope inaugurait d'ailleurs la rublique "En attente". Elle nous fait part aujourd'hui de l'arrivée tant attendue de son petit garçon... 


Année de l'adoption ? 

2017

Quel pays ? 

République Démocratique du Congo 

Age de l'enfant à son arrivée ? 

8 ans 

Votre profil ? Votre projet ? 

Mariés en 2002 et parents d’un enfant bio. Pour agrandir la famille, nous faisions le choix singulier d’adopter un enfant de 0 à 5 ans (né après notre aîné, bien sûr). 

L'agrément, les OAA, l'apparentement ? 

Le service adoption de notre département était en refonte totale. Avoir notre agrément a pris 24 longs mois… Ah ah, je l’entends encore raisonner cette histoire de « 9 mois symboliques, comme une grossesse ». Même si nos échanges avec les travailleurs sociaux se sont avérés riches et intéressants, cette étape, dans sa durée, a été digne de la gestation d’une éléphante ! Mais ce ne fut pas le pire… Sésame en poche, nous faisions le choix de ne pas choisir et partions à la fois en quête d’un enfant pupille de l’Etat et d’un enfant d’origine étrangère. 

Finalement, le destin a été scellé lorsqu’un OAA a retenu notre dossier : notre cadet viendrait de République Démocratique du Congo. Quel bonheur pour moi qui avait secrètement rêvé d’un enfant à la peau brune… L’apparentement est intervenu dans les 8 mois qui ont suivi la signature de notre engagement avec l’OAA. C’était sous la forme du fameux « coup de fil magique » bien connu dans le monde de l’adoption. Cet appel téléphonique qui, en une fraction de seconde, fait de vous un parent. En trois phrases, la proposition d’apparentement était faite. C’était un garçon. Il avait 4 ans ½. En bonne santé. Un mail a suivi, avec 3 photos de l’enfant et un compte rendu médical plutôt succinct. C’est fou comme ces traits auparavant totalement inconnus sont rapidement devenus familiers… Nous n’attendions plus « un enfant », nous attendions « notre fils ». Il avait désormais un visage. Il « existait » rendant le projet plus concret et, dès lors, le rapprocher de nous est devenu notre priorité. 

Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge médicale, préparation à l'adoption...) ?

L’OAA nous avait laissé entendre les enfants apparentés seraient placés dans un centre spécifique, à la fois pour limiter les risques de contracter des maladies dont ils étaient exempts au moment des examens sanguins (hépatite par exemple) mais aussi pour éviter aux enfants « non adoptables » de vivre aux côtés de ceux qui avaient la chance de quitter l’orphelinat. Il n’en fut rien. Les moyens sur place étaient plus qu’insuffisants pour nourrir et soigner les enfants. Il est arrivé que des enfants (apparentés ou non) décèdent par manque de moyens pour payer l’hôpital et les soins. Bien égoïstement, je dois l’avouer, nous avions la peur au ventre au quotidien pour notre fils! Nous ne savions pas vraiment ce qui était dit aux enfants sur leur adoption prochaine. L’attente fut terriblement rallongée par des problèmes variés dont, les plus importants, que je qualifierais de « géopolitiques ». Nous n’avions aucun contact avec les éducateurs ou les enfants apparentés. C’était interdit ; aucun contact, de façon plus générale, avec le pays d’origine. L’OAA, au rythme de ses missions (2-3 par an), consentait à transmettre aux enfants une carte de leurs parents. Seulement ça. Les cadeaux prenant trop de place dans les bagages. En retour, nous recevions 2-3 photos. C’était bien peu… mais cela constituait une réelle bulle d’oxygène. On voyait notre fils souriant, le plus souvent. Il semblait se porter bien. 

La rencontre ? 

Il nous a fallu terriblement nous battre pour mener à bien notre projet. On a parfois cru ne jamais y parvenir… même si nous n’avons jamais baissé les bras ! Aussi, au moment de la rencontre, alors que 4 années s’étaient écoulées depuis l’apparentement, nous avions tous été éprouvés et nous nous sentions à la fois pleins d’impatience et de doutes. Cette rencontre, nous nous l’étions souvent imaginée. Il y avait ce qui était important pour nous, ce qui nous semblait important pour notre enfant. Il y avait des craintes et nous avions conscience que nos attentes et celles de notre fils étaient sans doute différentes. Nous nous préparions à nous montrer patients et compréhensifs envers lui. Finalement, nous avons été contraints de tirer un trait sur tout ce qui nous avait semblé primordial pour cette occasion, notamment parce que nous n’avons pas pu nous rendre dans le pays d’origine de notre fils. Jusqu’à la dernière minute, nous avons craint qu’il puisse ne pas arriver… Mais lorsqu’il est enfin apparu devant nous, dans ce grand hall d’aéroport froid, bruyant et impersonnel, toutes nos craintes se sont envolées. Il était là, il était magnifique et si je ne l’ai pas serré fort dans mes bras pour ne pas l’effrayer, j’ai pris sa main dans la mienne et je ne l’ai plus lâchée. 

Les débuts ? La vie de famille ? Les difficultés ? 

Les premiers jours, notre fils a mis une grande volonté à épouser le moule de ce qu’il pensait être l’enfant attendu. Avait-il envie d’être aimé ? Peur d’être rejeté ? Certainement ! C’était un peu comme une lune de miel, c’était doux et chacun montrait le meilleur de lui-même. Les difficultés sont arrivées rapidement, intensément et bien éloignées de ce à quoi nous avions pu nous préparer. Les premiers écarts entre ses attentes et la réalité ont fait exploser cette coquille d’enfant modèle, silencieux et discipliné. Son premier réflexe a été la fuite et le rejet. Lui, il n’avait pas demandé ça ! Je le savais beau, intelligent, drôle, … j’ai aussi appris qu’il pouvait courir vite ! Par la suite, ça a été l’escalade dans la violence. Des mots qui blessent, jusqu’aux promesses d’une vie d’enfer et aux menaces de mort sans oublier les affrontements physiques, lorsque dans une grande fureur il perdait le contrôle de lui-même et se voulait du mal autant qu’à nous. Les jours se suivaient avec un lien fort qui se tissait, des moments pleins de tendresse et d’amour partagé et tout à coup, des crises incontrôlables quelque soit l’heure du jour ou de la nuit. Cela générait un véritable ascenseur émotionnel, cette époque a été un tsunami dans nos vies. La puberté s’est invitée au bal et sans doute qu’elle n’a pas aidé, durant cette période de trouble. Toute cette procédure d’adoption et ces « aléas » nous avaient fait perdre un temps précieux. Je ressentais un profond sentiment d’injustice. Ce temps perdu, je n’en disposerai jamais pour créer du lien avec lui, pour panser ses plaies, pour lui éviter l’accumulation de situations difficiles qui l’auront marqué à vie. Et, à présent, il est urgent de devenir un référent, un guide pour l’aider à pousser droit. Urgent de fabriquer une famille, un repère solide pour qu’il devienne un homme heureux. Le défi est incroyablement grand… Mais le défi est incroyablement beau ! Ensemble, nous avons appris à gérer les crises et nous nous sommes apprivoisés. A chaque occasion, nous avons rappelé à notre fils la raison pour laquelle il était à nos côtés, nous l’avons rassuré sur notre amour inconditionnel. C’est une belle personne et nous le lui avons démontré. Aujourd’hui, notre garçon est épanoui. La vie n’est certes pas un long fleuve tranquille mais j’ai confiance en lui et en l’avenir. Il est important de savoir que l’adoption ne se résume pas à ce que nous montrent les films. Une fois l’enfant arrivé, l’histoire ne fait que commencer et c’est ensemble qu’elle doit s’écrire, avec les forces et les faiblesses de chacun. A plusieurs mains, l’écriture est plus riche ! 

Un souvenir marquant ? 

Tellement de souvenirs marquants… Il a éclairé nos vies de sa présence. Le premier fut la rencontre de nos deux enfants, quand sa sœur est venue nous accueillir à la gare. Le visage de notre fils s’est détendu lorsqu’il a vu sa sœur. Ils étaient tous deux un peu intimidés mais notre aînée était fière et heureuse. Ils se sont donné la main, et ont marché ensemble jusqu’à la voiture. Aujourd’hui, ils se détestent autant qu’ils s’aiment. Il n’y a aucun doute, ils sont bien frère et sœur !!!!"

 

On a lu pour vous 12 : Mauvaise mère

Ce livre est un témoignage d'adoption difficile, écrit par la maman alors que sa fille a plus de 30 ans et qu'ils ne sont pas sortis du sable. J'ai lu pas mal de témoignages et j'ai trouvé que celui-ci avait de grandes qualités : brutalement honnête sans tomber dans le sordide, honnête dans les remises en question de la maman qui écrit, avec un certain ressassement qui réussit à ne pas être chiant mais au contraire authentique. Mais aussi dans ce qu'elle reproche à son mari, à sa fille, au système de santé, mais sans tomber dans le "c'est de la faute des autres" qu'on peut lire parfois.

Le titre et la couverture ne sont pas flatteurs, et à mon sens mal choisis ; le contenu est plus profond que ce que ces photos légères laissent entendre, et le témoignage va bien au-delà de la remise en question d'une mère, puisqu'il aborde la famille entière et la maladie mentale.

Ce témoignage est dur à lire pour une maman par adoption ; il faut peut -être éviter lorsqu'on se sent fragile. Parce que bien sûr on ne peut s'empêcher de se demander : qu'ont-ils mal fait ? Que puis-je faire pour éviter cela ? Est-ce que mon petit risque de tourner ainsi ? Alors que la question n'est sans doute pas là.

Quand même, le grand mérite de ce livre, au-delà de montrer que certains enfants arrivent brisés, même s'ils sont tout petits, est de faire réfléchir à la dynamique du couple et notamment à la question des limites et du cadre. Le récit donne le sentiment que la maladie de la petite se serait développée quoiqu'il en soit, mais que la situation ne se serait pas dégradée autant et pour la famille entière si les parents avaient pu s'entendre sur un cadre.

J'espère que les prénoms ont été changés car ce qui est livré est très intime -- c'est ce qui fait son intérêt. Seule la fille ainée est un peu préservée dans ces pages.

Je veux enfin souligner qu'il ne s'agit pas d'un échec d'adoption. Il s'agit d'une adoption qui débouche sur une vie de famille difficile, il s'agit d'une jeune femme souffrant d'une pathologie psychologique, il s'agit de grandes difficultés en particulier pour la mère et dans le couple, mais la famille est bien une famille. Au final il est davantage question de maladie mentale que d'adoption, même si l'auteur revient sur le passé et sur la quête des origines de sa fille. Enfin, je sais gré à Judith Norman d'avoir évité toute généralisation et remise en question de l'adoption dans son principe à partir de son histoire.
Mitzie

jeudi 8 novembre 2018

une attente 4


Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa encore dans l'attente de son(ses) enfant(s)... 


Votre profil ? 

Nous sommes âgés de 39 ans tous les deux, en couple hétérosexuel depuis 10 ans, et mariés depuis juin 2016. Nous n'avons pas encore d'enfant, mais sommes en pleine grossesse adoptive ;-).

Nous avons souhaité fonder une famille dès 2010. Je suis d'ailleurs tombée enceinte très vite, grossesse qui s'est terminée 3 mois plus tard... Je ne savais pas alors que ce serait mon unique grossesse biologique!

Et puis... les mois passent, sans que rien ne se passe. Ensuite, il y a eu la PMA, pendant plusieurs années... et puis un jour, nous avons dit stop à ces démarches médicales intrusives et à ce qu'engendraient les traitements pour ma santé.

Depuis quand avez vous le projet d'adopter ? quel a été votre cheminement vers l'adoption ?

Le jour même où nous avons pris la décision d'arrêter la PMA, nous avons étudié les voies qui s'offraient à nous. La parentalité fait partie de nos projets de vie, il était hors de question d'y renoncer.

Une fois passé le cap du deuil de la grossesse biologique, l'adoption a été très vite une évidence pour nous!

Nous avons tous deux des compositions familiales atypiques qui nous ont très tôt confrontés aux questions de ce qui fait une famille, un parent, et de la place ou pas de la transmission génétique dans tout ça (j'ai une sœur issue de PMA avec don avec qui je n'ai aucun gène en commun, le frère de mon mari a été élevé par un père "adoptif", qui n'était pas son géniteur... pour ne parler que d'eux !)


Votre projet ?

Nous avons un agrément pour un enfant de moins de 4 ans, de sexe indifférent, toute ethnie, et pouvant présenter des particularités légères et /ou curables.

Pour l'âge, nous avons observé les enfants de notre entourage, avec comme question : pourrions nous nous sentir parents d'un enfant de tel âge?

Concernant les particularités, nous avons rencontré un pédiatre spécialisé, de la COCA, qui nous a expliqué une masse de pathologies, leur prise en charge, leurs séquelles... une fois munis de ces infos, nous avons réfléchi chacun de notre côté, nous étant mis d'accord : pour nous, il fallait que les deux puissent se sentir parents de notre enfant, et donc si l'un s'opposait à une pathologie, il n'y avait pas de discussion. Bon, j'avoue, ça ne nous a pas empêchés de tenter d'argumenter ;-). Mais au final, nous sommes tous les deux pleinement d'accord avec les limites de notre projet.

Quelles démarches post-agrément ?

Nous avons obtenu l'agrément en septembre 2017.


Le Conseil Départemental nous avait bien dit que nous avions le profil idéal pour un nourrisson pupille de l'état, nous avons donc fait le choix d'attendre un an ou deux, pour voir si cela pouvait aboutir... et puis, les coûts d'une procédure à l'international nous faisaient peur, nous avions encore besoin d'évoluer sur cet aspect.

Et puis nous avons rencontré des parents, qui avaient adopté un an auparavant en Thaïlande. En entendant leur parcours, nous avons pris conscience de la difficulté d'être acceptés par un OAA, et du délai possible avant de voir s'entrouvrir une porte...

Fin novembre 2017, nous avons envoyé des courriers aux OAA agréés de notre département, presque tous, ayant écarté uniquement ceux qui ne travaillaient que dans les pays où les enfants adoptables étaient grands.

4 jours plus tard, à notre immense surprise, nous recevions un courrier d'amorce de rencontre avec un OAA - d'ailleurs nous n'avions pas compris, et nous avons fait la gueule tout le week-end, croyant qu'il s'agissait d'une arnaque, puisqu'ils ont eu la bonne idée de joindre l'échéancier des frais à cette première réponse!

Au final, 4 OAA nous ont répondu qu'ils souhaitaient nous rencontrer. Nous en avons écarté 2, qui travaillaient avec le même pays, car nous n'étions pas à l'aise avec les procédures d'adoption là-bas, notamment les délais entre l'apparentement, la rencontre et le retour à la maison.

On a tout misé sur le Vietnam! Les 2 OAA rencontrés nous ont donné leur réponse définitive la même semaine, après diverses étapes de rencontres. Nous avons eu le luxe de choisir par affinités :-)

Aujourd'hui, nous avons l'agrément depuis 14 mois, et un dossier au Vietnam depuis 6 mois. Nous sommes en attente du coup de fil de la rue d'à côté, ou du pays là-bas, qui fera de nous des parents.

Comment occupez-vous et gérez-vous l'attente ? 

Nous essayons de nous rappeler qu'il y a autre chose à vivre, et notamment nos derniers mois en tant que couple sans enfant... mais on y pense tout le temps. Notre enfant n'est pas là, mais il est déjà beaucoup dans nos têtes, et il se fraie un chemin dans nos cœurs...


Je suis en pleine grossesse, mais je ne peux pas sentir bouger mon petit, et j'attends l'échographie :-). Alors je guette des signes, qui me font dire que notre petit me fait coucou! Mon signe le plus absurde c'est d'avoir trouvé le Vietnam sur une bouteille de bière ;-)

J'ai l'impression, au fil des mois, que l'attente se fait plus physique, je sens un vide qui a besoin de se remplir par de la nourriture adoptive.

Alors nous assistons aux réunions EFA, notre OAA nous propose pas mal de formations (déjà 3 entre mars et novembre).
Et puis nous regardons des films, lisons des livres, rencontrons des gens en vrai ou virtuellement... Et nous témoignons!

Quel est votre vécu, vis à vis de vos proches, de cette attente ?

Nos proches sont tous très impatients, nous en profitons pour les préparer aux spécificités adoptives, notamment dans les premiers contacts. Pour l'instant ils sont à fond dans la compréhension, mais je parie qu'ils vont jeter leurs bonnes résolutions aux orties dès que notre enfant pointera le bout de son nez, et que nous devrons les éloigner avec des fourches et des piques! Même nos neveux et nièces nous demandent des nouvelles "du cousin".


crédit photo Cœur adoption


lundi 10 septembre 2018

Une Adoption 18


Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune... 






Année de l'adoption ?
2018

Quel pays ?
La France

Age de l'enfant à son arrivée ?

2 mois et 10 jours !

Votre profil ? Votre projet ?

Mon mari, 36 ans aujourd'hui et moi-même 34 ans, 10 ans de mariage, 13 de vie commune :-)
Après 6 ans de parcours pma à errer dans les couloirs des hôpitaux, nous avons décidé d'un commun accord de mettre (enfin) un point final à tout ça. Et nous sommes passé à une autre façon de fonder notre famille, puisque, après tout, ce qui nous importait c'est d'avoir une famille, pas la manière de la construire.

Pour être plus précise, c'est une idée qui nous trottait dans la tête depuis le diagnostic d'infertilité. Mais comme sur le papier nous étions le cas idéal pour faire remonter les stats des fiv de l'hôpital, nous nous sommes lancés, pleins d'espoir !
Après 5 ans et beaucoup d'échecs, le chemin de l'adoption s'est fait de plus en plus net. Nous avons alors assisté à la réunion d'information de notre conseil départemental. Nous sommes tombés de haut, même de très haut... En gros, si nous voulions adopter, nous aurions un enfant de plus de 5 ans, malade et encore si nous avions la chance que la procédure aboutisse.
Bref, nous nous sommes laissés convaincre par notre gynéco enthousiaste de retenter une fiv. De plus, après cette douche froide concernant l'adoption, la fiv nous semblait un chemin plus simple pour devenir parents. Après un nouvel échec, nous avons définitivement claqué la porte des hôpitaux avec un grand soulagement et l'impression de reprendre le cours de notre vie.
Ça y est nous étions prêts à nous lancer dans l'aventure de l'adoption, qu'importe le sombre portrait qui nous en avait été dressé !
À ce moment-là, nous imaginions un enfant de 2 ou 3 ans, asiatique, et avec des problèmes de santé.

L'agrément, les OAA, l'apparentement ?

Fin juin 2016, nous avons donc envoyé notre candidature au conseil départemental. Nous avons été contactés en juillet pour un premier rendez-vous fin août avec l'assistante sociale en charge de notre dossier. Nous étions un peu stressés avant ce 1er rendez-vous, mais plutôt confiants. Et c'est là que nous avons appris, que nous avions le profil idéal pour un bébé pupille (trentenaire, couple hétérosexuel marié et stable, parcours d'infertilité, fonctionnaires, avec beaucoup de congés, entre autres). Dès que cette information est tombée dans mon oreille, elle n'en n'est plus ressortie, et notre projet s'est tout de suite réorienté sur un enfant, de toute origine, de 0 à 1an, n'ayant pas de problèmes de santé entravant son autonomie ultérieure. Nous étions donc ouverts à plusieurs maladies curables ou traitables sur le long cours.
La période d'agrément a duré 7 mois. Notre assistante sociale, très humaine et bienveillante, nous a permis de nous poser les bonnes questions et d'envisager l'adoption sous tous ses angles. Nous avons obtenu notre agrément en décembre 2016.

Dans notre département, il faut compter 2 ans d'attente après l'envoi de notre dossier avant de pouvoir être présentés en conseil de famille. Donc pour nous, pas avant l'été 2018.
Parallèlement, nous avons adhéré à EFA, assisté à des conférences, participé à un groupe de parole, lu, regardé, écouté, rencontré, discuté. Je crois que cette période nous a permis de nous préparer et de réfléchir sur nous et notre parentalité comme jamais nous ne l'aurions fait avec un enfant biologique. C'était un peu notre grossesse à tous les 2 !
Lors d'une réunion postulants EFA, nous avons appris l'existence d'OAA recueillant des bébés français. Notre projet étant orienté sur un bébé né en France, nous n'avions fait aucune démarche auprès d'OAA. Après cette réunion, nous avons immédiatement pris notre plus beau clavier pour postuler auprès d'un de ces OAA, et dans la foulée, nous avons écrit à 25 départements dont nous n'avons reçu que des réponses négatives à l'exception du 93...
Au mois de juillet 2017, l'OAA que nous avions sollicité a souhaité nous rencontrer. Nous y sommes allés et avons eu un premier entretien avec la psychologue. À la suite de ce rendez-vous, nous devions écrire nos «biographies» décrivant notre enfance, nos liens familiaux et amicaux, notre couple, notre parcours jusqu'à l'adoption, notre projet,... Nous aurions ensuite une visite à domicile de l'assistante sociale et ensuite nous saurions si oui ou non nous étions retenus. Sachant qu'une fois acceptés, il fallait compter un délai de 2 ans en moyenne. Un des principes de cet OAA est de ne pas tenir compte de l'ancienneté mais uniquement de la compatibilité enfant-parents.
L'assistante sociale est venue en septembre et nous a laissé entendre que nous étions d'ores et déjà acceptés. Ce que nous avons définitivement cru, tels Saint Thomas, en recevant le courrier officiel en octobre 2017 !
Nous avions donc 2 possibilités ouvertes devant nous, de quoi être optimistes tout en restant très prudents...

Un lundi de juillet, mon portable sonne, un numéro que je ne connais pas s'affiche. Comme d'habitude, je suis en retard pour mon cours de yoga. Je décroche tout en enfilant mon legging, la présidente de l' OAA est au bout du fil. Après les politesses d'usage, elle me demande si nous avons des projets pour la semaine. Je vois bien où elle veut en venir mais sans oser y croire... Et elle m'annonce qu'il va falloir tout annuler, que nous sommes parents d'une petite fille et que dimanche, dernier délai, elle sera avec nous. Je peux affirmer sans aucun doute que c'est le plus beau coup de téléphone de ma vie ! Nous avons passé la journée complètement stone, sur notre petite planète, à annuler nos vacances (et tellement heureux de le faire !), à annoncer à tout le monde que, ça y est, nous étions parents !
Et dès le lendemain, branle-bas le combat, nous n'avons absolument rien de rien de rien de rien pour accueillir notre petite fille ... S'en sont suivis 4 jours intenses et chargés !!

Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge médicale, préparation à l'adoption...)
Notre fille à été placée dès sa sortie de la maternité chez une assistante familiale. Pas de chance, celle-ci a perdu son agrément en cours de route et elle a été conduite en urgence chez une autre assistante familiale où nous sommes allés la rencontrer.
Nous avons un album photo de la maternité et de la 1ère assistante maternelle et les photos de la 2ème avec lesquelles nous avons pu faire un album.
Nous n'avons pas rencontré la 1ère assistante familiale et ne savons pas trop comment cela c'est passé chez elle, juste que visiblement elle a été dorlotée et qu'il y avait d'autres enfants.
Chez la 2ème, il y avait 4 grands enfants, un chien, un chat. Elle a été chouchoutée par toute la famille ! Dès son arrivée l'assistante familiale lui a expliqué qu'elle n'était que de passage, qu'ils allaient prendre soin d'elle et que bientôt elle aurait des parents qui s'occuperaient d'elle pour toujours.
Elle n'a pas eu de problèmes de santé particuliers.
Mise à part la transition entre les deux assistantes familiales, tout a été accompagné pour notre fille, de la fin de la grossesse jusqu'à notre arrivée. Nous avons une petite poulette qui semble savoir parler le langage sécurisé, du moins pour l'instant !

La rencontre ?

Le jour de la rencontre, (2 jours après avoir appris que nous étions parents), nous sommes allés le matin au siège de l'OAA pour prendre connaissance d'une partie de son histoire, de ses 2 premiers mois de vie et des formalités à accomplir.
Et l'après-midi, nous sommes partis à sa rencontre ! Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, j'avais lu tellement de choses sur les rencontres...
Ce que je peux dire, c'est que j'ai été traversée par au moins un million d'émotions au bas mot ! Parfois contradictoires : un joyeux mélange de joie intense, d'impatience, de peur, d'appréhension et encore bien d'autres...
Nous n'avions, ni l'un ni l'autre, ni beaucoup dormi, ni beaucoup mangé.
Et ça a été merveilleux ! Elle était tellement parfaite, belle comme un cœur, tellement au-delà de tout ce qu'on avait pu imaginer ! C'était notre fille, notre petit soleil, tout simplement.
Nous avons pu la prendre dans nos bras, on s'est beaucoup regardé ce jour là, elle a aussi beaucoup dormi dans nos bras et nous avons pu lui donner un premier biberon.
Nous y avons passé la journée du lendemain, premier bain, première promenade, premiers sourires, premiers gazouillis. Ce jour là, elle n'a pas dormi du tout, pas une seule seconde ! Elle s'est écroulée de sommeil dès que nous avons passé la porte.
Le lendemain, l'assistante familiale nous a dit qu'elle était prête, que nous aussi et que ça y est, on pouvait rentrer avec elle si on le souhaitait. Nous sommes donc rentrés tous les 3 à la maison.
L'adaptation a été très rapide, ce sont les procédures de cet OAA, le but étant de limiter au maximum le temps passé en famille d'accueil. Mais nous nous sentions vraiment prêts et nous l'étions :-).

Les débuts ? La vie de famille ? Les difficultés ?

Cela va faire 2 mois que nous sommes réunis, nos plus grosses difficultés ressemblent à celles de tous les parents : «mais comment ça fonctionne un bébé ??».
Nous avons appris à nous connaitre tranquillement, en douceur et au fil des jours et la vie à trois (plus le chat qui est encore dans le déni), c'est vraiment tout ce que nous attendions !
De mon côté il y a eu quelques jours de flottement entre donneuse de soin et maman. Mais aujourd'hui c'est bien ma fille et sans aucun doute possible.
Et bien sûr, il y a aussi de grands moments de solitude ! J'ai découvert récemment ce que certains parents voulaient dire quand je lisais des témoignages de moments d'exaspération profonde. Autant dire que c'est très déstabilisant qu'un bébé si petit, si mignon et tant attendu puisse me mettre dans un état pareil !! Un sentiment nouveau, un sentiment de parent quoi !

Un souvenir marquant ? 
Plein ! La première lessive de vêtements de bébé, si petits que j'ai eu l'impression de jouer à la poupée. La première sortie en écharpe de portage et sentir ma petite poule d'amour tout contre moi...
Et surtout, tous les jours, à chaque fois que je réalise combien on a de la chance de l'avoir dans notre vie !