Dans
cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le
témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune...

Année de l'adoption ?
2018
Quel pays ?
La France
Age de l'enfant à son arrivée ?
2 mois et 10 jours !
Votre profil ? Votre projet ?
Mon mari, 36 ans aujourd'hui et moi-même 34 ans, 10 ans de mariage, 13 de vie
commune :-)
Après 6 ans de parcours pma à errer dans les couloirs des hôpitaux, nous avons
décidé d'un commun accord de mettre (enfin) un point final à tout ça. Et nous
sommes passé à une autre façon de fonder notre famille, puisque, après tout, ce
qui nous importait c'est d'avoir une famille, pas la manière de la
construire.
Pour être plus précise, c'est une idée qui nous trottait dans la tête depuis le
diagnostic d'infertilité. Mais comme sur le papier nous étions le cas idéal
pour faire remonter les stats des fiv de l'hôpital, nous nous sommes lancés,
pleins d'espoir !
Après 5 ans et beaucoup d'échecs, le chemin de l'adoption s'est fait de plus en
plus net. Nous avons alors assisté à la réunion d'information de notre conseil
départemental. Nous sommes tombés de haut, même de très haut... En gros, si
nous voulions adopter, nous aurions un enfant de plus de 5 ans, malade et
encore si nous avions la chance que la procédure aboutisse.
Bref, nous nous sommes laissés convaincre par notre gynéco enthousiaste de
retenter une fiv. De plus, après cette douche froide concernant l'adoption, la
fiv nous semblait un chemin plus simple pour devenir parents. Après un nouvel
échec, nous avons définitivement claqué la porte des hôpitaux avec un
grand soulagement et l'impression de reprendre le cours de notre vie.
Ça y est nous étions prêts à nous lancer dans l'aventure de l'adoption,
qu'importe le sombre portrait qui nous en avait été dressé !
À ce moment-là, nous imaginions un enfant de 2 ou 3 ans, asiatique, et avec des
problèmes de santé.
L'agrément, les OAA, l'apparentement ?
Fin juin 2016, nous avons donc envoyé notre candidature au conseil
départemental. Nous avons été contactés en juillet pour un premier rendez-vous
fin août avec l'assistante sociale en charge de notre dossier. Nous étions un
peu stressés avant ce 1er rendez-vous, mais plutôt confiants. Et c'est là
que nous avons appris, que nous avions le profil idéal pour un bébé pupille
(trentenaire, couple hétérosexuel marié et stable, parcours d'infertilité,
fonctionnaires, avec beaucoup de congés, entre autres). Dès que
cette information est tombée dans mon oreille, elle n'en n'est plus
ressortie, et notre projet s'est tout de suite réorienté sur un enfant, de
toute origine, de 0 à 1an, n'ayant pas de problèmes de santé entravant son autonomie
ultérieure. Nous étions donc ouverts à plusieurs maladies curables ou
traitables sur le long cours.
La période d'agrément a duré 7 mois. Notre assistante sociale, très humaine et
bienveillante, nous a permis de nous poser les bonnes questions et d'envisager
l'adoption sous tous ses angles. Nous avons obtenu notre agrément en décembre
2016.
Dans notre département, il faut compter 2 ans
d'attente après l'envoi de notre dossier avant de pouvoir être présentés en
conseil de famille. Donc pour nous, pas avant l'été 2018.
Parallèlement, nous avons adhéré à EFA, assisté à des conférences, participé à
un groupe de parole, lu, regardé, écouté, rencontré, discuté. Je crois que
cette période nous a permis de nous préparer et de réfléchir sur nous et notre
parentalité comme jamais nous ne l'aurions fait avec un enfant biologique.
C'était un peu notre grossesse à tous les 2 !
Lors d'une réunion postulants EFA, nous avons appris l'existence d'OAA
recueillant des bébés français. Notre projet étant orienté sur un bébé né en
France, nous n'avions fait aucune démarche auprès d'OAA. Après cette
réunion, nous avons immédiatement pris notre plus beau clavier pour postuler
auprès d'un de ces OAA, et dans la foulée, nous avons écrit à 25 départements
dont nous n'avons reçu que des réponses négatives à l'exception du 93...
Au mois de juillet 2017, l'OAA que nous avions sollicité a souhaité nous
rencontrer. Nous y sommes allés et avons eu un premier entretien avec la
psychologue. À la suite de ce rendez-vous, nous devions écrire nos «biographies»
décrivant notre enfance, nos liens familiaux et amicaux, notre couple, notre
parcours jusqu'à l'adoption, notre projet,... Nous aurions ensuite une visite à
domicile de l'assistante sociale et ensuite nous saurions si oui ou non
nous étions retenus. Sachant qu'une fois acceptés, il fallait compter un délai
de 2 ans en moyenne. Un des principes de cet OAA est de ne pas tenir compte de
l'ancienneté mais uniquement de la compatibilité enfant-parents.
L'assistante sociale est venue en septembre et nous a laissé entendre que nous
étions d'ores et déjà acceptés. Ce que nous avons définitivement cru, tels
Saint Thomas, en recevant le courrier officiel en octobre 2017 !
Nous avions donc 2 possibilités ouvertes devant nous, de quoi être optimistes
tout en restant très prudents...
Un lundi de juillet, mon portable sonne, un numéro que je ne connais pas
s'affiche. Comme d'habitude, je suis en retard pour mon cours de yoga. Je
décroche tout en enfilant mon legging, la présidente de l' OAA est au bout du
fil. Après les politesses d'usage, elle me demande si nous avons des projets
pour la semaine. Je vois bien où elle veut en venir mais sans oser y croire...
Et elle m'annonce qu'il va falloir tout annuler, que nous sommes
parents d'une petite fille et que dimanche, dernier délai, elle sera avec
nous. Je peux affirmer sans aucun doute que c'est le plus beau coup de
téléphone de ma vie ! Nous avons passé la journée complètement stone, sur notre
petite planète, à annuler nos vacances (et tellement heureux de le faire
!), à annoncer à tout le monde que, ça y est, nous étions parents !
Et dès le lendemain, branle-bas le combat, nous n'avons absolument rien de rien
de rien de rien pour accueillir notre petite fille ... S'en sont suivis 4 jours
intenses et chargés !!
Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge
médicale, préparation à l'adoption...)
Notre fille à été placée dès sa sortie de la maternité chez une assistante
familiale. Pas de chance, celle-ci a perdu son agrément en cours de route et
elle a été conduite en urgence chez une autre assistante familiale où nous
sommes allés la rencontrer.
Nous avons un album photo de la maternité et de la 1ère assistante maternelle
et les photos de la 2ème avec lesquelles nous avons pu faire un album.
Nous n'avons pas rencontré la 1ère assistante familiale et ne savons pas trop
comment cela c'est passé chez elle, juste que visiblement elle a été dorlotée
et qu'il y avait d'autres enfants.
Chez la 2ème, il y avait 4 grands enfants, un chien, un chat. Elle a été
chouchoutée par toute la famille ! Dès son arrivée l'assistante familiale lui a
expliqué qu'elle n'était que de passage, qu'ils allaient prendre soin d'elle et
que bientôt elle aurait des parents qui s'occuperaient d'elle pour toujours.
Elle n'a pas eu de problèmes de santé particuliers.
Mise à part la transition entre les deux assistantes familiales, tout a été
accompagné pour notre fille, de la fin de la grossesse jusqu'à notre arrivée.
Nous avons une petite poulette qui semble savoir parler le langage sécurisé, du
moins pour l'instant !
La rencontre ?
Le jour de la rencontre, (2 jours après avoir appris que nous étions parents),
nous sommes allés le matin au siège de l'OAA pour prendre connaissance d'une
partie de son histoire, de ses 2 premiers mois de vie et des formalités à
accomplir.
Et l'après-midi, nous sommes partis à sa rencontre ! Je ne savais pas trop à
quoi m'attendre, j'avais lu tellement de choses sur les rencontres...
Ce que je peux dire, c'est que j'ai été traversée par au moins un million
d'émotions au bas mot ! Parfois contradictoires : un joyeux mélange de joie
intense, d'impatience, de peur, d'appréhension et encore bien d'autres...
Nous n'avions, ni l'un ni l'autre, ni beaucoup dormi, ni beaucoup mangé.
Et ça a été merveilleux ! Elle était tellement parfaite, belle comme un cœur,
tellement au-delà de tout ce qu'on avait pu imaginer ! C'était notre fille,
notre petit soleil, tout simplement.
Nous avons pu la prendre dans nos bras, on s'est beaucoup regardé ce jour là, elle
a aussi beaucoup dormi dans nos bras et nous avons pu lui donner un premier
biberon.
Nous y avons passé la journée du lendemain, premier bain, première promenade,
premiers sourires, premiers gazouillis. Ce jour là, elle n'a pas dormi du tout,
pas une seule seconde ! Elle s'est écroulée de sommeil dès que nous avons passé
la porte.
Le lendemain, l'assistante familiale nous a dit qu'elle était prête, que nous
aussi et que ça y est, on pouvait rentrer avec elle si on le souhaitait. Nous
sommes donc rentrés tous les 3 à la maison.
L'adaptation a été très rapide, ce sont les procédures de cet OAA, le but étant
de limiter au maximum le temps passé en famille d'accueil. Mais nous nous
sentions vraiment prêts et nous l'étions :-).
Les débuts ? La vie de famille ? Les difficultés ?
Cela va faire 2 mois que nous sommes réunis, nos plus grosses difficultés
ressemblent à celles de tous les parents : «mais comment ça fonctionne un bébé
??».
Nous avons appris à nous connaitre tranquillement, en douceur et au fil des
jours et la vie à trois (plus le chat qui est encore dans le déni), c'est
vraiment tout ce que nous attendions !
De mon côté il y a eu quelques jours de flottement entre donneuse de soin et
maman. Mais aujourd'hui c'est bien ma fille et sans aucun doute possible.
Et bien sûr, il y a aussi de grands moments de solitude ! J'ai découvert
récemment ce que certains parents voulaient dire quand je lisais des
témoignages de moments d'exaspération profonde. Autant dire que c'est très
déstabilisant qu'un bébé si petit, si mignon et tant attendu puisse me
mettre dans un état pareil !! Un sentiment nouveau, un sentiment de parent quoi
!
Un souvenir marquant ?
Plein ! La première lessive de vêtements de bébé, si petits que j'ai eu
l'impression de jouer à la poupée. La première sortie en écharpe de portage et
sentir ma petite poule d'amour tout contre moi...
Et surtout, tous les jours, à chaque fois que je réalise combien on a de la
chance de l'avoir dans notre vie !
