menu

Affichage des articles dont le libellé est rencontre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rencontre. Afficher tous les articles

lundi 10 septembre 2018

Une Adoption 18


Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune... 






Année de l'adoption ?
2018

Quel pays ?
La France

Age de l'enfant à son arrivée ?

2 mois et 10 jours !

Votre profil ? Votre projet ?

Mon mari, 36 ans aujourd'hui et moi-même 34 ans, 10 ans de mariage, 13 de vie commune :-)
Après 6 ans de parcours pma à errer dans les couloirs des hôpitaux, nous avons décidé d'un commun accord de mettre (enfin) un point final à tout ça. Et nous sommes passé à une autre façon de fonder notre famille, puisque, après tout, ce qui nous importait c'est d'avoir une famille, pas la manière de la construire.

Pour être plus précise, c'est une idée qui nous trottait dans la tête depuis le diagnostic d'infertilité. Mais comme sur le papier nous étions le cas idéal pour faire remonter les stats des fiv de l'hôpital, nous nous sommes lancés, pleins d'espoir !
Après 5 ans et beaucoup d'échecs, le chemin de l'adoption s'est fait de plus en plus net. Nous avons alors assisté à la réunion d'information de notre conseil départemental. Nous sommes tombés de haut, même de très haut... En gros, si nous voulions adopter, nous aurions un enfant de plus de 5 ans, malade et encore si nous avions la chance que la procédure aboutisse.
Bref, nous nous sommes laissés convaincre par notre gynéco enthousiaste de retenter une fiv. De plus, après cette douche froide concernant l'adoption, la fiv nous semblait un chemin plus simple pour devenir parents. Après un nouvel échec, nous avons définitivement claqué la porte des hôpitaux avec un grand soulagement et l'impression de reprendre le cours de notre vie.
Ça y est nous étions prêts à nous lancer dans l'aventure de l'adoption, qu'importe le sombre portrait qui nous en avait été dressé !
À ce moment-là, nous imaginions un enfant de 2 ou 3 ans, asiatique, et avec des problèmes de santé.

L'agrément, les OAA, l'apparentement ?

Fin juin 2016, nous avons donc envoyé notre candidature au conseil départemental. Nous avons été contactés en juillet pour un premier rendez-vous fin août avec l'assistante sociale en charge de notre dossier. Nous étions un peu stressés avant ce 1er rendez-vous, mais plutôt confiants. Et c'est là que nous avons appris, que nous avions le profil idéal pour un bébé pupille (trentenaire, couple hétérosexuel marié et stable, parcours d'infertilité, fonctionnaires, avec beaucoup de congés, entre autres). Dès que cette information est tombée dans mon oreille, elle n'en n'est plus ressortie, et notre projet s'est tout de suite réorienté sur un enfant, de toute origine, de 0 à 1an, n'ayant pas de problèmes de santé entravant son autonomie ultérieure. Nous étions donc ouverts à plusieurs maladies curables ou traitables sur le long cours.
La période d'agrément a duré 7 mois. Notre assistante sociale, très humaine et bienveillante, nous a permis de nous poser les bonnes questions et d'envisager l'adoption sous tous ses angles. Nous avons obtenu notre agrément en décembre 2016.

Dans notre département, il faut compter 2 ans d'attente après l'envoi de notre dossier avant de pouvoir être présentés en conseil de famille. Donc pour nous, pas avant l'été 2018.
Parallèlement, nous avons adhéré à EFA, assisté à des conférences, participé à un groupe de parole, lu, regardé, écouté, rencontré, discuté. Je crois que cette période nous a permis de nous préparer et de réfléchir sur nous et notre parentalité comme jamais nous ne l'aurions fait avec un enfant biologique. C'était un peu notre grossesse à tous les 2 !
Lors d'une réunion postulants EFA, nous avons appris l'existence d'OAA recueillant des bébés français. Notre projet étant orienté sur un bébé né en France, nous n'avions fait aucune démarche auprès d'OAA. Après cette réunion, nous avons immédiatement pris notre plus beau clavier pour postuler auprès d'un de ces OAA, et dans la foulée, nous avons écrit à 25 départements dont nous n'avons reçu que des réponses négatives à l'exception du 93...
Au mois de juillet 2017, l'OAA que nous avions sollicité a souhaité nous rencontrer. Nous y sommes allés et avons eu un premier entretien avec la psychologue. À la suite de ce rendez-vous, nous devions écrire nos «biographies» décrivant notre enfance, nos liens familiaux et amicaux, notre couple, notre parcours jusqu'à l'adoption, notre projet,... Nous aurions ensuite une visite à domicile de l'assistante sociale et ensuite nous saurions si oui ou non nous étions retenus. Sachant qu'une fois acceptés, il fallait compter un délai de 2 ans en moyenne. Un des principes de cet OAA est de ne pas tenir compte de l'ancienneté mais uniquement de la compatibilité enfant-parents.
L'assistante sociale est venue en septembre et nous a laissé entendre que nous étions d'ores et déjà acceptés. Ce que nous avons définitivement cru, tels Saint Thomas, en recevant le courrier officiel en octobre 2017 !
Nous avions donc 2 possibilités ouvertes devant nous, de quoi être optimistes tout en restant très prudents...

Un lundi de juillet, mon portable sonne, un numéro que je ne connais pas s'affiche. Comme d'habitude, je suis en retard pour mon cours de yoga. Je décroche tout en enfilant mon legging, la présidente de l' OAA est au bout du fil. Après les politesses d'usage, elle me demande si nous avons des projets pour la semaine. Je vois bien où elle veut en venir mais sans oser y croire... Et elle m'annonce qu'il va falloir tout annuler, que nous sommes parents d'une petite fille et que dimanche, dernier délai, elle sera avec nous. Je peux affirmer sans aucun doute que c'est le plus beau coup de téléphone de ma vie ! Nous avons passé la journée complètement stone, sur notre petite planète, à annuler nos vacances (et tellement heureux de le faire !), à annoncer à tout le monde que, ça y est, nous étions parents !
Et dès le lendemain, branle-bas le combat, nous n'avons absolument rien de rien de rien de rien pour accueillir notre petite fille ... S'en sont suivis 4 jours intenses et chargés !!

Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge médicale, préparation à l'adoption...)
Notre fille à été placée dès sa sortie de la maternité chez une assistante familiale. Pas de chance, celle-ci a perdu son agrément en cours de route et elle a été conduite en urgence chez une autre assistante familiale où nous sommes allés la rencontrer.
Nous avons un album photo de la maternité et de la 1ère assistante maternelle et les photos de la 2ème avec lesquelles nous avons pu faire un album.
Nous n'avons pas rencontré la 1ère assistante familiale et ne savons pas trop comment cela c'est passé chez elle, juste que visiblement elle a été dorlotée et qu'il y avait d'autres enfants.
Chez la 2ème, il y avait 4 grands enfants, un chien, un chat. Elle a été chouchoutée par toute la famille ! Dès son arrivée l'assistante familiale lui a expliqué qu'elle n'était que de passage, qu'ils allaient prendre soin d'elle et que bientôt elle aurait des parents qui s'occuperaient d'elle pour toujours.
Elle n'a pas eu de problèmes de santé particuliers.
Mise à part la transition entre les deux assistantes familiales, tout a été accompagné pour notre fille, de la fin de la grossesse jusqu'à notre arrivée. Nous avons une petite poulette qui semble savoir parler le langage sécurisé, du moins pour l'instant !

La rencontre ?

Le jour de la rencontre, (2 jours après avoir appris que nous étions parents), nous sommes allés le matin au siège de l'OAA pour prendre connaissance d'une partie de son histoire, de ses 2 premiers mois de vie et des formalités à accomplir.
Et l'après-midi, nous sommes partis à sa rencontre ! Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, j'avais lu tellement de choses sur les rencontres...
Ce que je peux dire, c'est que j'ai été traversée par au moins un million d'émotions au bas mot ! Parfois contradictoires : un joyeux mélange de joie intense, d'impatience, de peur, d'appréhension et encore bien d'autres...
Nous n'avions, ni l'un ni l'autre, ni beaucoup dormi, ni beaucoup mangé.
Et ça a été merveilleux ! Elle était tellement parfaite, belle comme un cœur, tellement au-delà de tout ce qu'on avait pu imaginer ! C'était notre fille, notre petit soleil, tout simplement.
Nous avons pu la prendre dans nos bras, on s'est beaucoup regardé ce jour là, elle a aussi beaucoup dormi dans nos bras et nous avons pu lui donner un premier biberon.
Nous y avons passé la journée du lendemain, premier bain, première promenade, premiers sourires, premiers gazouillis. Ce jour là, elle n'a pas dormi du tout, pas une seule seconde ! Elle s'est écroulée de sommeil dès que nous avons passé la porte.
Le lendemain, l'assistante familiale nous a dit qu'elle était prête, que nous aussi et que ça y est, on pouvait rentrer avec elle si on le souhaitait. Nous sommes donc rentrés tous les 3 à la maison.
L'adaptation a été très rapide, ce sont les procédures de cet OAA, le but étant de limiter au maximum le temps passé en famille d'accueil. Mais nous nous sentions vraiment prêts et nous l'étions :-).

Les débuts ? La vie de famille ? Les difficultés ?

Cela va faire 2 mois que nous sommes réunis, nos plus grosses difficultés ressemblent à celles de tous les parents : «mais comment ça fonctionne un bébé ??».
Nous avons appris à nous connaitre tranquillement, en douceur et au fil des jours et la vie à trois (plus le chat qui est encore dans le déni), c'est vraiment tout ce que nous attendions !
De mon côté il y a eu quelques jours de flottement entre donneuse de soin et maman. Mais aujourd'hui c'est bien ma fille et sans aucun doute possible.
Et bien sûr, il y a aussi de grands moments de solitude ! J'ai découvert récemment ce que certains parents voulaient dire quand je lisais des témoignages de moments d'exaspération profonde. Autant dire que c'est très déstabilisant qu'un bébé si petit, si mignon et tant attendu puisse me mettre dans un état pareil !! Un sentiment nouveau, un sentiment de parent quoi !

Un souvenir marquant ? 
Plein ! La première lessive de vêtements de bébé, si petits que j'ai eu l'impression de jouer à la poupée. La première sortie en écharpe de portage et sentir ma petite poule d'amour tout contre moi...
Et surtout, tous les jours, à chaque fois que je réalise combien on a de la chance de l'avoir dans notre vie !
 

lundi 23 avril 2018

Une Adoption 17

Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune... 

-Année de l'adoption ?
Nous avons eu notre agrément en novembre 2014, un an après notre premier courrier au département, appel de l’AFA en août 2015, retour en famille décembre 2015

- Quel pays?
Lettonie

- Age des enfants à leur arrivée ?
7 ans, 6 ans et 3 ans

- Votre profil ? Votre projet ?
Nous avions 41 et 42 ans quand nous avons rencontré nos enfants. Dès le début de notre démarche d'agrément, nous nous sommes orientés vers l’adoption d’une fratrie.

- L'agrément, les OAA, l'apparentement ?
Il nous a fallu convaincre de notre préparation à ce projet hors norme et de notre capacité à relever les défis liés à l'arrivée simultanée de 2 ou 3 enfants.
Nos rapports ont été favorables, nous avons rencontré une équipe chaleureuse et efficace. Finalement, nous avons eu le plaisir de recevoir la notice que nous espérions : 2 ou 3 enfants de moins de 8 ans.
Nous avons démarché 4 OAA qui ont toutes été intéressées par notre projet. Nous avons poursuivi les entretiens avec Médecin du Monde et avons été pris pour un PMR (projet de mise en relation) en Bulgarie. En parallèle, nous avons monté un dossier avec l’AFA vers la Lettonie. Ces 2 organismes nous ont permis de suivre des formations spécifiques sur l'adoption d’enfants à besoins spécifiques (pour nous: grands et fratrie). Cela a enrichi les lectures (nombreuses) et les conférences d’EFA (essentielles) qui nous aident encore actuellement à prendre soin de nos “petites plantes à entretien sophistiqué” (lire J. Lemieux)

Nous avons envoyé notre dossier au ministère letton début juillet 2015 et avons reçu le 21 août l’appel de l’AFA relayant la proposition de rencontrer nos enfants. Nous avons demandé plusieurs compléments d’information car la santé du benjamin était inquiétante. Au final, le souci était bien moins sévère qu’annoncé. Grâce à l’aide de médecins et spécialistes dont la COCA de notre ville, nous avons pu prendre la décision de partir en Lettonie. Toutefois, nous n’avions pas la certitude de revenir à 5. De nombreuses questions restaient en suspens. Le 18 septembre nous envoyions le courrier officiel à l’AFA, le lendemain nous décollions pour nos dernières vacances “en amoureux” au bout du monde. Dès notre retour, nous dépilions les longues listes rédigées sur les plages et dans les trains : achat et montage des lits et coffres, trousseaux de linge, jeux… Famille et amis se mobilisent.

- Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge médicale, préparation à l'adoption...)
Les aînés étaient en famille d’accueil depuis 3 ans. Ils y étaient en sécurité et très attachés. Le plus jeune était dans une autre famille à plusieurs centaines de kilomètres depuis un an (et en institution avant). Il nous avait été expliqué que les enfants n’avaient pas été préparés à l’adoption et qu’il leur avait été expliqué que des Français venaient passer des vacances avec eux à Riga. Cela dans le but de les protéger d’un éventuel problème lors de la période de convivialité. En réalité, nous l’avons appris plus tard, la famille d’accueil des grands les avait bien préparés. De plus, leur “sœur” (jeune  fille de 14 ans en FA avec eux mais sans lien bio) avait été adoptée en début d’année par un couple (USA). Leur procédure a demandé le retour de la famille et ils ont pu se revoir. Les grands avaient donc une idée réaliste de ce qui les attendait, cela nous a beaucoup aidés. Le plus jeune n’a pas du tout été informé de ce qui lui arrivait. Il a été bien pris en charge niveau santé. Sa famille d’accueil l’a cocooné et câliné, ce qui a bien atténué les séquelles des multiples hospitalisations.

- La rencontre ?
Journal du 11 novembre 2015 19:38,
8h30 : départ avec notre traductrice et son mari pour 200 km à l'est de Riga, à travers les beaux paysages de lacs et de forêt.
Arrivés vers 11h chez la famille d'accueil du petit M. : tout timide, il nous reconnait et porte le bracelet envoyé dans son colis (nous portons le même).
On lui offre quelques jouets et passons du temps à jouer avec lui, il est adorable.
Ensuite, on nous propose café et gâteaux avec la famille d'accueil et le conseil de famille. Nous pouvons alors leur poser nos nombreuses questions tout en continuant de jouer, dessiner et se faire des guilis à tour de rôle.
On guette des signes de soucis d’attachement, de séquelles de ses hospitalisations, rien de flagrant. Il est de plus en plus détendu avec nous, c'est un petit garçon de 3 ans 1/2, câlin et qui fait bien semblant d'être sage :-)
Petit changement de programme annoncé dès l'aéroport : on ne le ramène pas avec nous à Riga, sa famille d'accueil l'amènera vendredi à notre appartement.

On est rassuré sur son état de santé et excessivement ému....
Demain, ça ne va pas s'arranger avec la rencontre des 2 aînés, qui cette fois viendront avec nous à Riga.

Journal du 12 novembre 2015 20:28,
Nous sommes partis à 9h1/2 ce matin, direction un village à 100 km de Riga dans un gros mini van VW. On arrive dans un grand bâtiment école-administration. Les enfants, la famille d'accueil et le conseil de famille nous attendent dans une grande salle. Les petits sont méfiants mais apprécient leurs cadeaux. Un café, pas mal de questions. Les enfants sont un peu préparés à notre arrivée et sont impatients de rentrer avec nous (youpi).
On repart à 130km pour la ville de Gurbe où se tient le conseil de famille officiel. En route un bon repas avec S et R qui ont bon appétit mais commencent à fatiguer. Le contact est bon, ils sont trop mignons (mais canailles en puissance). Après les formalités (assez solennelles),  on repart pour 3h de voiture !
19:45 arrivée à l'appart. On a à peine le temps de dire au revoir à M. et Mme S. que les enfants ont déjà ouvert la porte, grimpé les 2 étages et attendent devant l'appartement.
Repas léger, lavage de dents, débarbouillage léger, tentative de coucher … Ça chahute dans la chambre.

Journal du 13 novembre 2015 21:42, Première journée en famille
Aujourd'hui balade au parc et jeux puis visite au monument de la liberté. Premier selfie à 4. Tour aux canards et R demande "maya" (c'est la maison) on rentre tranquillement avec pause goûter à 11h (oups, pizza et machin fourré, jus et yaourt).
13:30 La traductrice, la famille d'accueil et M arrivent. M mange bien et fait plein de sourires et de câlins. Départ de la famille d'accueil (discrètement).
On joue un peu, photo des bracelets de Bali et on couche M (quelques pleurs, il s'endort quasi dans mes bras à grands coups de chansons), temps calme (à base de dessin animés -ouuuh) pour les grands. J’en profite pour faire quelques courses.
16:30 fin de la sieste, goûter. On regarde les photos et en imprimons pour compléter leur cahiers... Ils sont toujours à faire des tas de photos (apn + mon téléphone qui est squatté) on range les appareils qui commencent à montrer des signes de fatigue. Ils les réclameront jusqu'au coucher.
Douches/bain avec lavage de cheveux. S nickel, les garçons ... c'est moins facile.
19:15 Dîner, les enfants ont très faim. S et moi préparons le repas : tartines tomate-concombre et fromage. M n'a droit qu'au fromage et une demi tranche fine de concombre à cause de son régime alimentaire strict. Un peu d'ananas au sirop en dessert.

Monsieur va coucher M vers 20h. J’arrive vers 20:30 avec les grands après avoir essayé de les détendre un peu. R est de plus en plus agité à l'approche du coucher. Lecture d'histoire, chansons ... On les laisse tranquilles.
Ça chahute, ça papote, ça se lève pour aller aux WC. On retourne dans la chambre à plusieurs reprises...
21h M aussi va au pot ! Fanny va tenter de rendormir tout le monde, à grand renfort de clochettes qui tintinnabulent en boucle. Petit Skype avec les parents.
On est claqués !


Journal du 14 novembre 2015 20:23, Un samedi tranquille.
Nos pensées vont à Paris. Dur ces émotions qui s'affrontent. Ce jour aurait dû être un des plus beaux de notre vie.
Premier petit dej à 5. Tour au parc. Goûter au Coffee Inn. Photos et jeux. Lessive. Repas : saucisses purée (maison). Sieste de M. Jeux pour papa et les grands, H&M pour moi : S n'a plus de chaussettes, R n'a qu'un pyjama d'été... (Du coup maintenant, il a un pyj' Star wars - bravo maman !) Dessins animés Lettons à 5. Goûter. Photos. Douches. Dîner, les yaourts cerise ont du succès :) histoires, chansons. M ne dort pas mais reste sage. Les grands se sont endormis. Il est 20h ! Pause à 2 et au dodo.



- Les débuts ? La vie de famille ? Les difficultés ?
A100 à l’heure ! Dès le début, poser le cadre, instaurer des routines. Tous les jours, les mêmes activités, introduire les changements au compte-goutte, toujours anticiper les changements. Nous avons énormément de chance car nos enfants ont bénéficié de nombreux facteurs de protection en pré-adoption, nous avons donc pu profiter rapidement de la vie de famille. Chacun a son caractère bien à lui (et bien trempé) et des caractéristiques de la norme adoptive (lire J. Lemieux - j’insiste -) différentes. On ne s’ennuie pas :) Les aînés étant moteur de leur adoption, le voyage vers la France s’est bien passé. Nous avons toujours pu discuter ouvertement de leur histoire. Nous passons parfois par l'aînée pour aborder les sujets sensibles car elle est très en demande. Elle relaie ensuite “mine de rien” aux garçons. Nous veillons à lui rendre son rôle d’enfant tout en l'impliquant dans la gestion quotidienne (cuisine, choix de certains menus…). La famille se construit chaque jour, les enfants s'épanouissent dans leur nouvelle vie et cela nous comble de joie



- Un souvenir marquant ?
Lorsque L. (Le cadet) a commencé à m’appeler maman 4-5 mois après notre rencontre. Ce temps était nécessaire pour amorcer le deuil de sa maman d’accueil.
Il y en a plein, chaque première fois est une pierre dans la fondation de notre histoire familiale.


mardi 17 avril 2018

Une adoption 16


 Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune...


 



Année de l’adoption
2017

Age de l’enfant à son arrivée
Des jumeaux de 7 ans et 3 mois.

Votre profil ?
(âge / couple ou célibataire / déjà des enfants ou non)

Lui 35 et moi 36, mariés, pas d’enfants biologiques.

- Depuis quand avez vous le projet d'adopter ? quel a été votre cheminement vers l'adoption ?

Suite à une infertilité, un parcours PMA. Une seule FIV. Je sentais que ce n’étais pas le bon chemin, tout mon corps me le disait. L’idée de l’adoption était dans un coin de ma tête mais mon mari n’était pas encore prêt. Suite à l’échec de la FIV, nous avons eu une grande discussion pendant plusieurs heures : nous avons pris la décision de stopper la PMA, et de réfléchir sérieusement à l’adoption. 6 mois plus tard, notre décision était prise. C’était en mars 2014. Nous nous sommes mariés civilement 3 mois plus tard, et avons assisté à la première réunion du conseil général en septembre 2014.

- Votre projet ?
(notice d'agrément / dossier international ou national)Comment l'avez-vous construit ?

Moins de 7 ans, avec particularités légères ou réversibles n’entravant pas l’autonomie future de l’enfant. 1 enfant ou 2 si fratrie. Mais nous étions projetés depuis longtemps sur une fratrie. Étant dans un département rural et donc avec des adoptions rarissimes pour des pupilles, nous avons d’emblée construit notre projet sur une adoption internationale.
L’agrément s’est bien passé, malgré le fait que les travailleurs sociaux manquaient cruellement de connaissances récentes concernant la réalité de l’adoption. Les enquêtes étaient très complètes, et nous avons obtenu le précieux sésame 9 mois après le début des démarches.

- L’agrément, les OAA, l’apparentement ?

Nous avons contacté tous les OAA possibles. Nous avons essuyé refus sur refus, malgré un agrément assez ouvert, et nos âges respectifs peu élevés. Nous avons eu un premier « oui peut-être » de la part d’un OAA pour le Vietnam, qui nous demandait de remplir certains formulaires. 4 mois plus tard, n’ayant pas de nouvelles, j’ai téléphoné, et suis tombée de très haut lorsque la présidente a démonté notre dossier en 5 minutes. Selon cette présidente, jamais nous ne pourrions adopter à l’international à cause du fait que ma mère ne m’a pas donné signe de vie depuis plus de 15 ans.
1 mois après cette grande désillusion, nous rencontrions le pédiatre d’une COCA pour affiner avec lui la question des particularités. Il nous a redonné confiance en notre projet et nous a parfaitement aiguillés. Nous étions arrivés dans son bureau avec un moral très bas et des doutes sur nos chances de réussir ; nous sommes repartis beaucoup plus sereins.
Nous avons relancé tous les OAA, nous avons de nouveau reçu des refus en pagaille, mais l’un d’entre eux nous a donné des signes positifs au mois de mai 2016. Nous avions une procédure à suivre avec plusieurs étapes avant d’obtenir une acceptation ferme de la part de cet organisme, mais le vent tournait en notre faveur.
Nous avons finalement été acceptés en aout 2016, et notre dossier est parti dans le pays concerné en septembre de la même année.
On nous avait annoncé une attente comprise entre 6 mois et 3 ans.
Fin mai 2017, nous avons reçu l’annonce qui a changé notre vie : des jumeaux fille et garçon âgés de 7 ans nous attendaient. Nous avons reçu leurs photos quelques jours plus tard, nous avons vécu ces moments d’une manière absolument indescriptible. L’annonce en particulier avait un côté surréaliste, nous n’avons pas cessé de relire les quelques informations que nous avions, et cette nuit là fut blanche. Le lendemain, j’ai définitivement réalisé lorsque j’ai vu des vêtements pour enfants en promo au supermarché du coin… Je me suis mise à pleurer au milieu du rayon devant une jupe à volants et un T shirt avec un monstre portant des lunettes de soleil.
Nous avons alors attendu que l’OAA nous communique la date de convocation sur place pour organiser notre voyage. Nous sommes montés dans l’avion 2 mois après l’annonce, fébriles mais plus heureux que jamais.
- Quelle prise en charge de l’enfant sur place ?
 
Nos enfants vivaient en institution depuis leur naissance. Ils avaient été très bien pris en charge, avec beaucoup d’affection, des référentes fixes, et un mode de vie sain.
Ils ont été bien préparés à leur adoption : tout d’abord leur accord a été demandé. Ensuite, ils ont vus plusieurs de leurs copains partir avec des familles adoptives. Et enfin, ils ont été préparés à nous rencontrer.
Au niveau médical, ils ont bénéficié d’un suivi très complet et régulier, nous avons donc un dossier très détaillé.


- La rencontre ?

Magique.
Et en 2 temps. D’abord avec notre fils, qui nous a rejoints devant le bâtiment administratif de l’orphelinat. Il avait un sourire radieux et en même temps gêné. Il était à la fois curieux et mal à l’aise comme on peut l’être devant des étrangers. Il a brisé la glace en nous montrant l’album photo que nous lui avions fait parvenir, il nous a « vérifiés » en comparant avec les photos et il nous a montré notre maison, en semblant demander si c’était bien vrai. Il a pris la main de son papa au bout de 5 minutes à peine, et nous a laissé jouer avec lui très rapidement. Il nous a fait visiter son orphelinat, il a rangé ses affaires, fermé son casier, et il est parti sans se retourner. Il a fallu le rattraper pour faire quelques photos avec les nounous écroulées de rire… Nous avons passé plus d’1 heure avec lui dans son orphelinat, il était assez intimidé au départ mais s’est vite détendu, et il paraissait confiant. Sur le trajet nous menant à sa sœur il s’est endormi allongé sur nous 2, épuisé par le choc émotionnel de notre rencontre et du départ de sa maison.

Nous avons ensuite rencontré notre fille. Elle est arrivée accompagnée de sa nounou, son visage était fermé et elle s’est seulement mise à sourire lorsqu’elle a aperçu son frère. Il a semblé lui dire qu’elle pouvait se détendre, du genre « Vas-y, ils ont l’air sympas ». Elle a alors consenti à nous regarder à la dérobée, et nous l’avons sentie méfiante mais aussi curieuse. Nous étions dans un bureau avec la responsable de l’orphelinat, 2 nounous et une assistante sociale, donc nous n’avons pas eu les mêmes moments privilégiés qu’avec notre fils. La rencontre a été assez rapide, trop rapide même. Nous n’avons pas eu la possibilité de vraiment vivre ce moment avec notre fille. Elle est partie comme son frère, après un bisou à ses nounous elle a marché vers la porte d’un pas décidé et ne s’est pas retournée.
Quelques jours plus tard nous avons eu la chance de revoir ses 2 nounous, qui lui ont remis un album de photos récentes, et quelques cadeaux. Nous avons pu profiter de ce moment essentiel, et vivre ces instants comme un passage de témoin entre ces 2 femmes qui ont pris soin de notre fille et nous.

Les débuts ? La vie de famille ?

Nous avons fait connaissance les premiers jours, grâce à des jeux, des rituels, la piscine de l’hôtel, etc… Les enfants avaient un lien fusionnel, dans lequel nous avons petit à petit réussi à nous insérer sans les brusquer.
Durant notre séjour dans le pays de naissance de nos enfants, nous avons tâtonné, nous nous sommes découverts, nous avons accueilli les moments heureux comme les moments de nostalgie des enfants. Ils réalisaient peu à peu ce qui était en train de se jouer, et ont eu chacun leur tour des instants difficiles pendant lesquels nous avons été là pour accompagner leur tristesse et la reconnaitre car elle était bien légitime et compréhensible.
L’affection envers nous est venue petit à petit. Un soir, ma fille s’est abandonnée dans mes bras alors que nous rentrions du restaurant : c’était la première fois qu’elle était aussi détendue, aussi naturelle, c’était la première fois qu’elle laissait tomber sa carapace. Mon cœur a failli exploser, c’est ce soir-là que je suis réellement devenue sa maman. Elle m’a adoptée doucement, par à coups, par étapes, à sa manière.
Le retour à la maison s’est très bien passé, les enfants ont vérifié tous les détails sur les photos que nous leur avions montrées, et ils ont bien trouvé leurs marques.

Nous avons passé 4 mois à la maison, sans aucune contrainte. Pas de travail, pas d’école, de très rares rendez vous. Du temps seulement pour nous 4, consacré à jouer, à installer nos rituels et nos habitudes ensemble, à découvrir une vie de famille (nouvelle pour tous les 4 !), à apprendre à faire du vélo, à aller au zoo, à prendre le temps de créer un lien entre nous tous.


Les difficultés.

Notre fille a eu 2 grosses crises de nostalgie depuis son arrivée en France : elle pensait à sa nounou avec qui elle avait un lien très fort. Elle pleurait à chaudes larmes, elle était inconsolable. Nous ne pouvions rien faire à part nous relayer pour rester près d’elle et lui offrir nos bras. La première fois, je lui ai parlé entre 2 sanglots : je lui ai dit que je la comprenais, que sa nounou était une personne très importante pour elle, et qu’elle ne l’oublierait jamais. Je lui ai également dit que plus jamais elle ne vivrait une séparation aussi difficile parce que je resterai sa maman pour toujours. Elle m’a serrée tellement fort ce soir-là… Aujourd’hui elle parle encore très souvent de sa nounou mais elle n’a plus d’épisodes de grosse tristesse.

Les premiers mois, notre fils avait un besoin énorme de maitrise : le temps (connaitre l’heure, lui donner le temps de trajet, respecter l’horaire), l’espace (visiter chaque recoin de tout nouveau lieu, ranger à l’extrême, modifier la disposition de sa chambre 2 fois par jour, rester vigilant en voiture pour repérer tous les trajets, etc…) et les gens (il a scruté les photos de notre entourage de façon quasi compulsive, et il fallait lui expliquer plusieurs fois qui étaient ces personnes pour le rassurer). Nous l’avons laissé faire, il s’est détendu au fil des semaines et aujourd’hui sa chambre est un champ de ruines dans lequel lui seul arrive à se retrouver…

Un moment marquant.

2 en fait.
Le jour de notre arrivée à la maison, enfin à 4. Notre fille était épuisée après un très long voyage et l’excitation de la découverte de son nouvel environnement, elle s’est endormie comme une souche. Nous sommes restés à 3 avec son frère et il nous a dit dans sa langue maternelle avec un sourire profond « moi heureux ».

Notre fille adore dessiner. Environ 2 mois après notre arrivée en France, elle a réalisé un dessin sur lequel elle nous a représentées toutes les 2, ainsi que des pointillés pour faire une route qui nous reliait, et les drapeaux de la France et de son pays natal. Elle m’a ensuite expliqué son dessin, pour me dire qu’on s’était dirigées l’une vers l’autre. Un symbole très fort pour une petite fille de 7 ans.