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mercredi 15 mars 2017

Une adoption 11

Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune... 


 
Année de l'adoption ? 
2004 (novembre)

Age de l'enfant à son arrivée ?
15 mois

Votre profil ? Votre projet ?

Quand nous avons décidé de nous engager dans l’adoption, j’avais 32 ans et mon mari 36 et nous sortions de 3 ans de PMA. Mais au fond de moi, j’ai toujours pensé à l’adoption, dès la 1ère piqûre de la 1ère tentative PMA… La certitude qu’un enfant nous attendait au bout du chemin, quoiqu’il advienne, m’a aidée à tenir bon durant ces 3 années. Mon mari a mis plus de temps à cheminer, avant d’adhérer entièrement à ce projet. Arrive un moment où cela n’a plus de sens de s’acharner médicalement et où on se recentre sur l’essentiel : ce que nous voulions, c’est un enfant, pas une grossesse à tout prix…

L'agrément, les OAA, l'apparentement ?

L’agrément s’est déroulé sans problème. Nous avons accueilli la démarche des agents positivement, en étant vraiment honnêtes et ouverts. Cela nous a réellement aidés à cheminer et concrétiser le projet. Ces échanges se sont souvent prolongés chez nous sur nos enfances, nos visions de la parentalité etc. Nous avons sincèrement trouvé ce processus très enrichissant. Nous avons obtenu l’agrément pour un enfant en bonne santé de 0 à 3 ans. Nous avons écarté l’idée d’adopter en France car les délais étaient trop longs. A l’époque, on pouvait adopter en individuel ou via OAA et cela nous a semblé spontanément beaucoup plus cadré et sécurisé avec un OAA. Je me projetais beaucoup dans l’explication à l’enfant plus tard et je ne pouvais imaginer regarder mon enfant en face sachant qu’on avait glissé un billet dans un passeport par exemple. C’était très important que toute la démarche soit très cadrée, écrite, officielle, indiscutable. Nous imaginions un enfant « qui nous ressemble » et avons envisagé la Russie mais les OAA contactés, noyés de demandes, nous ont vite éconduits. Par ailleurs, nous avons vite reculé car la Russie imposait 2 voyages (un pour la rencontre et un pour venir chercher l’enfant) et cela me semblait inconcevable de laisser mon enfant à l’orphelinat après l’avoir tenu dans les bras… Puis nous avons participé à une réunion annuelle EFA. Le point d’orgue de la réunion était la présentation de tous les enfants adoptés dans l’année écoulée. Il y avait beaucoup de petites originaires de Chine et je crois que c’est ce jour-là qu’on a vraiment décidé que notre cœur nous appelait en Chine ! Nous avons rapidement contacté 2 OAA agréés pour la Chine dont MDM qui a accepté notre candidature. A cette époque, l’attente était très rapide et il s’est écoulé seulement 6 mois (contre plusieurs années aujourd’hui) entre l’enregistrement du dossier en Chine et l’apparentement. Le moment de l’appel magique et surtout aller chercher le recommandé, découvrir la frimousse de ma fille… Que de sentiments mêlés entre excitation, joie, impatience, peur !... Dans les replis secrets de mon cœur, j’avais si peur de ne pas l’aimer, de ne pas la trouver jolie…Tout a été balayé en une seconde ! Je me souviens encore du coup de cœur que j’ai ressenti en découvrant sa photo… Un moment tellement fort !

Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge médicale, préparation à l'adoption...) ?

Lucie avait été abandonnée à l’âge de 2 semaines et elle était depuis en orphelinat. Un orphelinat à plusieurs heures de route de la première grande ville (Changhsa dans le Hunan) qui n’autorisait pas les visites. Nous avions reçu un dossier médical que nous avions fait traduire (au moment de l’acceptation de l’apparentement) et nous n’avions pas de question particulière à ce sujet. Je pense que les enfants n’étaient pas spécialement préparés.

La rencontre ?

La rencontre a été un moment indescriptible, un des plus émouvants de ma vie. Je ressentais un mélange d’excitation et de crainte mais ce qui dominait c’était la certitude absolue que mon destin s’accomplissait, que j’étais exactement là où je devais être. Elle s’est déroulée dans un centre des affaires sociales à Changhsa. Nous étions 8 familles et il y avait aussi d’autres groupes dans la même grande salle. Mais je ne voyais que le visage angoissée de ma poulette qui s’agrippait à sa nounou et a pleuré dès que je l’ai prise. Moi aussi j’ai pleuré, mon mari aussi ! On avait préparé quelques questions traduites en chinois qu’on a fait lire à la nounou où surtout on lui demandait de nous présenter à Lucie. Ma poulette a eu l’air très concentré quand sa nounou lui a traduit nos phrases.

Les débuts ?

Durant les 2 premières semaines en Chine et la semaine de notre retour, Lucie était très fermée. Elle n’émettait aucun son et ne manifestait presque aucune émotion. Chaque matin elle se réveillait sans dire un mot, sans pleurer mais en nous regardant d’un air noir, l’air de dire « oh non, encore eux ! ». Elle était tellement mutique que j’en suis venue à me demander si elle n’avait pas un souci médical. Après la première semaine à la maison, je me souviens lui avoir dit en tête à tête que j’en pouvais plus de son attitude, qu’il fallait qu’elle s’ouvre. Le lendemain elle est restée avec mon mari seule quelques heures et pour la première fois elle s’est éclaté dans le bain (les 3 premières semaines, elle hurlait dès que le premier orteil touchait l’eau). Quand je suis rentrée, elle était métamorphosée. Elle est devenue très souriante, parlait tout le temps… Une nouvelle petite fille !

La vie de famille ?


La vie à 3 après 12 ans de vie commune s’est installée sans problème. Vraiment que du bonheur ! J’ai adoré chaque mini découverte, tous ces moments dont j’avais tant rêvés (les balades en forêt, les jeux, les chansons, cuisiner ensemble…) sont enfin devenus réalité. Je me sentais juste sur un nuage en permanence !

Les difficultés ?

Vraiment aucune. Tout s’est fait tellement naturellement et facilement que je ne peux l’expliquer. Tout était évidence. Je n’avais pas lu de livre spécialisé mais juste parcouru des témoignages sur les forums donc je m’étais plus ou moins préparé à affronter des difficultés d’attachement, des problèmes médicaux, des soucis d’endormissement ou d’appétit… mais vraiment rien du tout !

Un souvenir marquant ?

Tous et aucun en particulier ! La rencontre demeure le moment magique et surnaturel dans mon cœur. On fête ce jour chaque année, c’est « family day » ! 

N.

lundi 6 mars 2017

Une attente 2

Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa encore dans l'attente de son(ses) enfant(s)...

Votre profil ? (âge / couple ou célibataire / déjà des enfants ou non)
 
Nous sommes en couple depuis 2006, marié depuis 2 ans, J'ai aujourd'hui 28 ans, Monsieur 38 ans. Nous sommes considérés sans enfant. "Nous" avons été enceinte d'un petit garçon, décédé à 6mois de grossesse.


Depuis quand avez vous le projet d'adopter ? Quel a été votre cheminement vers l'adoption ?
Il y a 8 ans nous avons décidé de fonder une famille, 18 mois plus tard, fin 2010, nous apprenions la stérilité de mon mari. Peu de temps avant les examens, il m'avait dit préférer l'adoption s'il se révélait stérile, moi je n'y avais pas réfléchi : "chaque chose en son temps, peut être qu'il n'y a aucun souci... et puis ça veut dire que je ne serai jamais enceinte". C'était alors plus une constatation qu'un regret.

Cette discussion m'avait poussé à y réfléchir et à me renseigner, j'ai écumé les sites internet, blogs, forums, et finalement quand le résultat est arrivé, moi j'étais prête à me lancer... mais lui avait fait le chemin inverse : "je veux te voir enceinte". Ajouté à cela les médecins qui vous donnent facilement espoir : "c'est un cas facile, vous êtes jeunes, ça va marcher", l'idée de l'adoption n'avait pas complètement disparue mais était rangée dans un coin de nos têtes. Nous en discutions régulièrement, avions acheté un livre, je continuais à me renseigner et à faire des "comptes-rendus" à l'homme, mais nous ne nous sentions pas prêts à nous lancer pour de bon, toujours dans l'espoir que la prochaine tentative serait la bonne.

Notre parcours n'a pas été aussi simple que ce que les médecins avaient promis, nous avons enchaîné pas mal de tentatives mais en 2013 je tombe enceinte. Malheureusement lors des échographies notre bébé présente  un retard de croissance et plusieurs signes inquiétants, au niveau des mains, du visage, mais surtout du cerveau... les médecins mettent du temps à poser un diagnostic exact mais il s'avère que le handicap dont souffre notre petit garçon est vraiment très lourd. Nous subissons une IMG.

Nous avons repris la PMA après, mais nous arrivions vraiment à saturation. La question de l'adoption s'est sérieusement reposée. Je pense que le fait d'avoir vécu une grossesse m'a beaucoup aidé à franchir le pas : mon fils m'avait permis d'être enceinte, je ne ressentais pas forcément le besoin de revivre ça, cependant j'ai mis quelques mois à me sentir prête, non pas à adopter, mais à passer l'agrément : trop peur que les travailleurs sociaux nous "maltraitent", d'autant plus par rapport à notre histoire difficile. Et puis n'ayant jamais perdu de vue la situation de l'adoption au cours des dernières années, je savais que ça devenait très compliqué...

Le déclic a eu lieu juste après notre mariage en mai 2015. Nous avons envoyé le premier courrier au conseil départemental en juillet, avons été convoqué à la première réunion en septembre, renvoyé le dossier de "demande officielle" dans la foulée... puis tout s'est très vite enchaîné : tout nos entretiens se sont déroulés sur le dernier trimestre de 2015.
Contrairement à ce que j'avais craint, ça s'est extrêmement bien passé. Psychologue comme assistantes sociales nous ont mis en confiance, nous avons pu nous raconter ouvertement. Il n'était nullement question de jugement, juste de nous connaître. Le rapport de la psychologue nous a d'ailleurs beaucoup ému tant elle nous avait parfaitement cernés ! Celui des assistantes sociales est plus basique mais très positif également, il est surtout question de décrire notre situation et notre mode de vie, ainsi que notre projet.


Votre projet ? (notice d'agrément / dossier international ou national).
Comment l'avez-vous construit ? 
Nous avons obtenu notre agrément pour "un enfant le plus jeune possible, toutes origines" en février 2016.

Nous avons été un peu déstabilisé par cette notice d'agrément, en effet lors de nos entretiens nous avions bien précisé que nous souhaitions adopter un ou deux enfants jusqu'à 5 ans (4 ans révolus).
Nous avons contacté le service adoption pour comprendre, la secrétaire, puis l'assistante sociale responsable nous ont expliqué que c'était parce qu'ils nous avaient jugés "candidats idéaux pour un bébé pupille".
A priori c'est une situation fréquente, nous avons rencontrés d'autres couples dans ce cas là.

Sur le coup ça nous a mis un peu en colère : pourquoi ne pas avoir approfondi le sujet dès le départ avec nous ? Nous aurions été tout à fait ouverts à des rendez-vous supplémentaires ! Notre agrément express nous aura fait gagner du temps, mais finalement nous n'aurions pas été contre quelque chose de plus poussé.
En colère également parce qu' "on" semblait vouloir décider à notre place de la suite à donner à notre démarche alors que, si nous nous sommes effectivement inscrits sur la liste d'attente pour un pupille, le temps d'attente promis (7ans actuellement dans notre département mais combien dans quelques années avec tous ces couples qui resteront sur liste d'attente faute de pouvoir adopter à l'international ?) et l'âge maximum pour pouvoir prétendre à l'adoption d'un bébé pupille (45 ans) nous poussent à ouvrir d'autres portes, et ça nous l'avions bien précisé aussi.

La colère est vite retombée, finalement chaque petit bâton dans les roues permet de se remettre en question, de réfléchir encore, d'évoluer... J'imagine que c'est aussi le but visé.
Après réflexion, pour ma part, j'ai accepté qu'on nous "limite" à un seul enfant (mon homme parle encore parfois d'une fratrie), l'agrément est justement arrivé au moment où je me disais que deux enfants d'un coup seraient peut être un trop gros défi pour nous.
Par contre nous avons réellement construit notre projet sur "jusqu'à 5 ans" et "argumenté" en ce sens. Il y a beaucoup d'enfants dans notre entourage, et je travaille moi même dans la petite enfance, ainsi nous savons ce qu'est un enfant de 1, 3 ou 5 ans, nous ne désirons pas absolument un nourrisson et nous nous projetons tout à fait avec un enfant qui marche et parle déjà, nous sommes conscients de ce que cela implique en adoption (vécu de l'enfant...) etc. Enfin notre limite a été posée à 4 ans révolu parce qu'il nous semble important de pouvoir prendre le temps d'accueillir notre enfant sans avoir de "pression scolaire" à gérer dans l'immédiat. Néanmoins, après avoir sollicité plusieurs avis, nous avons décidé de ne pas non plus toucher à notre notice concernant l'âge, "le plus jeune possible" étant relativement flou et non restrictif. 

Dans nos rapports était également spécifié que nous étions ouverts à l'adoption d'un enfant présentant une particularité légère. Nous en discutions beaucoup, avions jeté un oeil à la liste des particularités de la Bulgarie sur le site de l'AFA, tenté de remplir ça chacun de notre côté et de voir ce que nous avions en commun... difficile, ou plutôt impossible, sans avis médical.
D'autant plus que sur ce point nos avis divergeaient beaucoup. Notre vécu n'y est sans doute pas pour rien et rend le sujet parfois sensible : pour moi, telle ou telle chose n'est finalement pas si grave au regard de ce qu'avait notre petit garçon (à l'époque où nous ne savions pas ce qu'il avait mais que nous espérions que ça ne soit "pas trop grave", je m'étais réellement préparée à toute sorte de pathologies et donc finalement ma réflexion sur les particularités avait déjà été menée assez loin), mais pour mon mari "maladie" rimait avec "mort", lors d'une de nos discussions il avait craqué en me disant "je ne veux pas qu'il meurt lui aussi" (alors que nous ne parlions évidemment pas de maladies mortelles).
Bref, au moment de l'agrément, nous savions qu'il allait falloir continuer à y réfléchir, nous accorder sans aller au delà des limites de l'un ou de l'autre, mais nous avions décidé de laisser ça se "décanter" dans l'esprit de chacun et d'attendre le retour des OAA avant de reprendre.


Quelles démarches post-agrément ? Avez-vous des pistes ? - Comment occupez-vous et gérez-vous l'attente ? (rien / Internet / réunion EFA / groupes de paroles / lectures / film) 
Nous avions déjà commencé à lister les pays dans lesquels nous pouvions adopter en fonction des critères demandés par les pays d'origine mais aussi en fonction du profil des enfants proposés à l'adoption.
Du côté de l'AFA il s'est avéré que la quasi-totalité des pays dans lesquels nous pouvions candidater fonctionnent par appel à dossiers et non par liste d'attente (pour les autres il y avait des "bémols" donc nous n'avons pas cherché plus loin). Nous avons répondu à certains appels à dossiers sans jamais faire partie des candidats retenus.
Côté OAA nous avons listés ceux auxquels nous pouvions nous adresser et en mars/avril nous avons donc fait partir 12 courriers, en plusieurs vagues. Tous nous ont répondu : 11 "non"... et 1 "peut être" !
Après plusieurs entretiens nous avons eu la chance d'être retenu par cet OAA, pour deux pays ! La fin 2016 a été consacrée au montage de nos dossiers, l'un est d'ors et déjà enregistré dans un premier pays, l'autre part d'ici 2-3 semaines dans le second. Les délais d'attente annoncés restent longs, mais quelle chance nous avons !

A cette occasion nous avons donc du affiner nos ouvertures concernant les besoins spécifiques, cette fois nous avons pris l'avis de plusieurs médecins (dont un dans une consultation adoption, un de l'OAA et notre médecin traitant) et nous avons réussi à y voir plus clair et à nous accorder.


Depuis le début de nos démarches nous nous sommes rapproché de l'antenne EFA de notre département, nous participons aux rencontres, aux réunions témoignages, aux débats, aux journées diverses... Mon mari s'est même investi auprès de l'association de part son expérience professionnelle utile pour une de leurs activités.
Toutes ces rencontres et ces discussions nous permettent de réfléchir, de nous préparer... et de discuter avec des personnes qui vivent la même chose que nous. Nous nous sommes même fait de bons amis que nous voyons en dehors des réunions !
Nous participons aussi aux journées organisées par notre OAA. Nous lisons beaucoup également, nous nous tenons au courant sur internet, avons regardé quelques films et documentaires... cette première année d'agrément est passée très vite et nous appréhendons le "vide" (pas si vide que ça au vu du programme décrit ci dessus) des mois et années à venir maintenant que nos dossiers sont partis ou presque.
Nous envisageons d'envoyer notre candidature à d'autres départements même si nous savons que les chances d'être retenus sont infimes.

Nos proches sont au courant de notre démarche, nous avons toujours parlé ouvertement de notre parcours. Tous nous soutiennent de bon coeur même si nous les sentons parfois désemparés face à la difficulté et à la longueur de ce parcours. Il y a parfois quelques maladresses, nous essayons de faire de la pédagogie, partageons certaines de nos lectures...

jeudi 2 mars 2017

Appel à témoignage parents en attente

Chers vous,
nous souhaiterions donner la parole aux futurs adoptants, aux "postulants" dans le jargon de l'adoptie mais pas que. Vous êtes en cours d'agrément, vous avez votre agrément, vous avez eu un projet d'adoption mais  vous avez renoncer, vous pouvez témoigner en nous écrivant sur parlonsadoption@gmail.com.
vous pouvez nous adresser un texte libre ou suivre ces questions:
- Votre profil ?
(âge / couple ou célibataire / déjà des enfants ou non)

- Depuis quand avez vous le projet d'adopter ? quel a été votre cheminement vers l'adoption ?

- Votre projet ?
(notice d'agrément / dossier international ou national)
Comment l'avez-vous construit ?

- Quelles démarches post-agrément ?
Avez-vous des pistes ?

- Comment occupez-vous et gérez-vous l'attente ?
(rien / internet / réunion EFA / groupes de paroles / lectures / film)

- Quel est votre vécu, vis à vis de vos proches, de cette attente ?
(vous êtes accompagnés / vous n'en parlez pas / vous avez choisi quelques personnes pour en parler)


d'avance merci à tous et toutes pour la confiance que vous nous témoignez, pour continuer à parler adoption tous ensemble

lundi 20 février 2017

Une attente 1



Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa encore dans l'attente de son(ses) enfant(s)...

Votre profil ? (âge / couple ou célibataire / déjà des enfants ou non)

Nous sommes un couple marié qui avons, respectivement, 35 et 43 ans.
Nous sommes les parents biologiques d’une grande fille de 10 ans ½.

En ce qui concerne notre cadet - que nous attendons toujours -, les démarches d’adoption ont débuté il y a 7 ans déjà…

Depuis quand avez vous le projet d'adopter ?

Quand notre fille a eu 2 ans ½ environ, l’envie d’avoir un nouvel enfant est arrivée sans prévenir.
Cependant, alors que l’on aurait tout à fait pu envisager une seconde grossesse, c’est l’adoption qui s’est imposée à moi. Un sentiment qui venait de loin, quelque chose qui, semble-t-il, avait toujours été là, me disait que cet enfant, je n’avais pas essentiellement besoin de le porter.

J’ignorais comment aborder ce sujet avec mon époux car je craignais un refus de sa part.
Alors, j’ai laissé passer quelques semaines avant de me jeter à l’eau.

Évidemment, comme nous n’avions jamais été sensibilisés à l’adoption, que nous ne connaissions personne dans notre entourage proche qui soit concerné, il a été quelque peu surpris par l’idée.
Pour autant, sans l’accepter spontanément, il ne l’a pas écartée et m’a demandé de lui laisser le temps de la réflexion.

Quel a été votre cheminement vers l'adoption ?

Alors que je m’inscrivais sur de nombreux forums de discussions et que je commençais à étudier concrètement les différentes démarches, mon mari a fait un travail davantage « intérieur ».
Après s’être questionné sur la parentalité, c’est avec intérêt qu’il s’est renseigné sur l’adoption.
Et… après quelques mois, il a accepté que notre second enfant se fasse une place dans nos cœurs, sans passer par mon ventre.

C’est en janvier 2010 que nous avons été conviés à la réunion d’information du Conseil Général de notre département et que nous avons déposé notre dossier de demande d’agrément.
 

Votre projet ? (notice d'agrément / dossier international ou national).
Comment l'avez-vous construit ?

A partir de là, le mot « ATTENTE » a pris tout son sens… et nous n’étions pourtant qu’au commencement ! Il aura fallu une année entière avant que nous rencontrions les travailleurs sociaux qui allaient nous accompagner dans la construction mentale de notre enfant. A l’issue de rendez-vous avec ces professionnels - tantôt individuels, tantôt en couple ou encore avec notre fille – notre projet d’adoption prenait la forme d’un enfant de 0 à 5 ans sans particularités.

Encore une année s’est écoulée et « ATTENTE » et « PATIENCE » n’ont pas toujours fait bon ménage, mais… Février 2012, notre agrément en poche, nous nous lancions dans la grande aventure !
 

Quelles démarches post-agrément ? Avez-vous des pistes ? - Comment occupez-vous et gérez-vous l'attente ? (rien / Internet / réunion EFA / groupes de paroles / lectures / film)

L’important était de concilier notre désir d’agrandir la famille avec le besoin d’un enfant d’en avoir une. Aussi, le sexe et l’origine de l’enfant n’étaient pas déterminants. C’est pourquoi nous avons à la fois fait une demande pour l’adoption d’un enfant pupille (adoption nationale) et des courriers aux organismes agréés pour nous orienter vers l’adoption internationale.
Je me suis mise à constituer une bibliothèque conséquente sur le thème de l’adoption et à dévorer les ouvrages.
Nous nous sommes confrontés au douloureux film « Holy Lola » et… bien sûr, alors que mon mari avait déjà pris conscience du chemin chaotique que nous allions emprunter, de mon côté j’étais complètement dans l’illusion d’une aventure parfaite et idyllique au-dessus des nuages, au milieu des Bisounours.
Si nous avons été rapidement sélectionnés par un Organisme Agréé pour l’adoption d’un enfant en République Démocratique du Congo, et que, dans un laps de temps raisonnable, nous avons eu l’immense bonheur de nous voir apparentés à un magnifique petit garçon de 4 ans ½… les semaines, mois et années qui ont suivi ont eu raison des Bisounours et des nuages !

Au fil du temps, l’« ATTENTE » et l’« IMPUISSANCE » nous collaient au corps.
J’ai quitté les forums, doucement cessé de lire sur l’adoption.
Ce qui nous hantait, c’était que nous aimions déjà ce petit garçon qui grandissait loin de nous et surtout que nous lui avions fait miroiter une vie de famille et qu’il nous était impossible de ne pas respecter l’engagement que nous avions pris envers lui.
Le trahir, alors que des adultes avaient déjà rendu compliqué son début de vie, nous était tout simplement inacceptable.

Notre engagement envers lui, notre devoir de parents, nous a contraints à tenir le coup :
Quand son pays d’origine a cessé d’autoriser les sorties du territoire pendant 24 mois,
Quand nous avons appris que l’avocat en charge de notre dossier en avait profité pour partir sur la pointe des pieds,
Quand après une course terrible contre la montre, c’était dans un improbable rebondissement, que notre propre pays refusait de le laisser entrer.
 

Quel est votre vécu, vis à vis de vos proches, de cette attente ? (vous êtes accompagnés / vous n'en parlez pas / vous avez choisi quelques personnes pour en parler)

Entre l’apparentement à notre fils et aujourd’hui, où on croit entrevoir le bout du tunnel, il s’est passé 4 années. J’ai souvent décrit nos ressentis respectifs comme des montagnes russes. Si parfois on osait se laisser aller à l’espoir que tout irait bien, d’autres fois en revanche il était bien difficile de mettre un pied devant l’autre. Je crois, si je n’ai pas sauté à pieds joints dedans, avoir frôlé la dépression.

Notre couple, par chance, a été fort et solide et nous a permis de tenir la barre quand tour à tour, l’un ou l’autre d’entre nous se décourageait.

Quant à la famille, ils n’ont jamais cessé d’être là mais il est difficile de partager notre ressenti profond. D’ailleurs, la position des proches, dans cette aventure, n’est sans doute pas la plus confortable. Faut-il se montrer rassurant ? Faut-il poser des questions au risque « d’enfoncer le couteau dans la plaie » ? Faut-il ne pas poser de questions au risque que les parents croient que l’on ne pense pas à tout ce qu’ils traversent ?

Je n’aurais jamais imaginé que la route vers notre fils puisse être aussi parsemée d’embuches.
Pour autant, la perspective de le serrer dans mes bras m’en ferait presque déjà oublier ces moments difficiles.

La joie de notre fille à la veille de l’arrivée de son frère, elle pourtant si pudique et discrète, les larmes émues de mes collègues de travail, l’impatience de nos mères sont autant d’indicateurs que tout le monde a pris part à cette attente, et ce, qu’on ait choisi d’exprimer ou de taire ce qui nous habitait.

Nous n’avons jamais cessé de l’attendre, mais plus encore aujourd’hui, il nous tarde vraiment qu’il arrive !!


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Hope

lundi 13 février 2017

On a vu pour vous 6 : This is us

This is Us

Images intégrées 3
Selon Wikipédia, en moyenne 18 millions d'êtres humains partagent le même jour d'anniversaire à travers le monde. Mais il existe une famille, dispatchée entre New York et Los Angeles, dont quatre des membres sont nés le même jour ! Voici leur histoire drôle et émouvante...

deja 3 saisons et 4 nominations aux goldens globes pour cette série.
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Nala
je souhaitais vous parler de cette série qui fait le buzz parmi les dernières séries et surtout en adoptie,
je n'ai pas encore le plaisir d'avoir tout vu mais malgré tout je suis conquise. L'histoire nait lorsqu'à la naissance de ces triplés Rebecca et Jack perdent un de leurs nouveaux nés et décident d'adopter un petit garçon abandonné le même jour. Cette série alterne en flash back la vie de Becca et Jack avant et après la naissance des triplés, mais aussi de leurs vies actuelles à chacun des membres de cette famille. 
ça parle d'amour, de racisme puisque le petit garçon adopté noir l'est dans une famille de blancs, d'une époque où l'adoption était aussi plus en marge comme forme de parentalité avec un accompagnement des parents et une connaissance de la parentalité adoptive bien plus pauvre, de ségrégation anti-gros puisque Kate une des triplés est obèse des l'enfance, de famille de naissance, des conditions d'abandon. c'est fin, bourré d'émotions, d'humour aussi, chaque caractère est attachant....
bref je ne saurai que vous recommander de vous offrir ce bijou, et de savourer de bons moments!

Del
Cette première saison m'a beaucoup plu ! Je l'ai trouvée très fraîche et juste, alors qu'elle aborde des sujets importants dans les relations familiales : l'épuisement parental, les difficultés d'attachement du côté du parent, le deuil d'un enfant, les problèmes conjugaux, la complexité des relations frères/sœurs, l'adoption "transraciale", la recherche de la famille biologique, le secret qui peut entourer une adoption...
Personnellement, c'est la question de la place de l'enfant adopté dans la fratrie qui m'a le plus touchée, forcément, vu notre configuration familiale...
J'ai hâte de pouvoir voir la suite !

jeudi 9 février 2017

On a vu pour vous 5: il a déjà tes yeux

Il a déjà tes yeux, film de Lucien Jean-Baptiste

Paul est marié à Sali. Tout irait pour le mieux s’ils arrivaient à avoir un enfant. Jusqu'au jour où Sali reçoit l'appel qu'ils attendent depuis si longtemps : leur dossier d'adoption est approuvé. Il est adorable, il a 6 mois, il s'appelle Benjamin. Il est blond aux yeux bleus et il est blanc. Eux… sont noirs !
Images intégrées 4

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Nala
je voulais absolument aller le voir, parce que j'aime bien le réalisateur, parce que la bande annonce m'avait plu et puis forcement parce que ça parle d'adoption.
J'aime l'idée de casser les préjugés par l'humour, mais j'avoue être restée sur ma faim. Finalement le plus gros des "moments" du film tiennent effectivement dans la bande annonce. Il y a de l'émotion, notamment dans une scène où Sali, la maman, hurle son amour pour celui qui est son fils. Pourtant les ficelles sont grosses, les raccourcis souvent pris. L'Aide Sociale à l'Enfance prend un sacré coup sur la carafe et je trouve que même si "tout finit bien", l'image de l'ASE tournée en ridicule pour moi qui y ait rencontré des gens humainement hors du commun me chagrine. 
Je pense que pour des personnes qui ne connaissent pas grand chose voire rien du tout à l'adoption par contre c'est probablement un bon début pour lancer la discussion.
bon ciné!

jeudi 19 janvier 2017

une adoption 10


Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune...
  
-Année de l'adoption ?

2016

- Quel pays ?
En France, notre bébé était pupille de l’Etat suite à une naissance sous le secret.

- Age de l'enfant à son arrivée ?
Environ de 3 mois

- Votre profil ? Votre projet ?
Au moment de la demande d’adoption nous avions étions dans la première partie de la trentaine. La démarche d’adoption a résulté d’un cheminement face à des échecs répétés de PMA (procréation médicalement assistée). Il est paru évident au fur et à mesure des années que nous voulions être parents, pas que je sois forcément enceinte, ni que notre enfant ait nos gênes.  C’est une réflexion qui a mis des années à venir. La première fois qu’on nous a réellement parlé d’adoption, c’était au début des démarches de PMA et j’avais hurlé de colère sur la psychologue de la clinique.

Avant l’agrément, avant le dépôt de dossier, nous avons assisté à des réunions d’informations collectives organisées par le département. La première a été démoralisante mais nous a appris que nous avions le profil des couples éligibles à un bébé du département. Le temps d’attente annoncé était d’environ 5 ans.

Il a ensuite fallu compléter un dossier avec une lettre de motivation et assister à une autre réunion qui cette fois a plutôt était pour moi traumatisante. Il était question essentiellement des échecs d’adoption, des profils d’enfants atypiques. Cela a interrogé nos limites en terme de projet, de problématiques de santé, quelles soient physiques ou psychiques. Le tableau décrivant l’adoption internationale annonçait un chemin beaucoup plus compliqué que celui qu’on avait imaginé. Tout le monde me disait « ne t’inquiètes pas, ces réunions sont faites pour garder les personnes les plus motivées » C’était vrai au regard de notre âge mais à ce moment, je n’y croyais pas trop.


- L'agrément, les OAA, l'apparentement ?

Les entretiens d’agrément ont duré entre 6 et 9 mois avec des rendez-vous avec assistant social et psychologue du service adoption du département. L’agrément peut être déconcertant car c’est l’histoire de ses parents, sa propre enfance, son adolescence qui sont passés en revue (je dirais même au peigne fin). Les professionnels souhaitaient savoir le regard que nous avions en tant qu’adultes sur ces périodes de notre vie. Ensuite a été questionné notre couple, comment on se voyait en tant que parent l’un et l’autre, nos envies, nos habitudes, notre caractère.  Il faut quand même se dévoiler ce qui n’est pas évident. J’avais très peur de ne pas faire comprendre qui j’étais, qui on était, nos émotions, notre projet de parentalité si bien qu’au départ j’étais sur la réserve. Je me suis sentie testée, titillée ce qui n’était pas forcément facile. J’ai aussi eu l’impression d’être jugée parfois.   J’avais peur de ne pas convaincre sur mes capacités à être maman d’un enfant adopté.

Les rencontres et le groupe de parole d’une association d’adoptants ont été une précieuse aide et m’ont aidée à dédramatiser les mois d’agrément. Par la suite, les groupes de parole de cette association ont permis d’égrainer le temps, de construire notre démarche, d’échanger sur des questionnements, des doutes, de rencontrer d’autres couples dans la même situation. Au départ nous écoutions, prenions des notes. Ensuite, nous avons plus parlé. Nous avons vu les couples devenir parents au fur et à mesure. Cela a toujours été porteur d’espoir. Puis nous avons été dans les plus « vieux membres du groupe de parole » plutôt avec une position de conseil auprès des nouveaux qui comme nous au début stressaient sur plein de choses. La démarche d’adoption a en ce sens permis de belles rencontres. Nous y avons trouvé de la solidarité pour continuer à croire que notre enfant allait arriver un jour prochain. Cela fait du bien quand le moral baisse.

Nous avons sollicité l’adoption d’un enfant de 0 à 3 ans de préférence un bébé pupille. Nous ne souhaitions pas que ce soit un enfant déjà reconnu et confié par la suite en adoption. Notre projet était donc un enfant né sous le secret et de toute origine ethnique.

Le téléphone a sonné après le choix du conseil de famille. Au moment de l’Appel, j’ai ressenti  l’une des plus grandes émotions de ma vie, un quasi évanouissement de bonheur, des vagues d’adrénaline énormes qui m’ont littéralement faite éclatée en sanglots de joie. Tout mon corps m’a montré que ce désir de maternité était ancré très fort en moi. C’était magique, magnifique.

Quelques jours après nous avons su le sexe de notre bébé par sa présentation en photo. C’était un petit garçon. Son comportement et son éveil nous ont été décrits.  Nous avons posé quelques questions sur ses origines et ses premiers jours. Nous avons demandé si les parents biologiques avaient laissé un pli fermé ou pas pour que, s’il le souhaite, notre petit bout en connaisse un peu plus sur son début de vie.


Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge médicale, préparation à l'adoption...)

Notre bébé a été pris en charge une semaine environ dans la maternité où il est né. Le personnel ou la maternité lui ont offert son premier doudou. Il a été pris en charge dans un service dédié et non par les différents professionnels de la maternité. Un album photo sur ces quelques jours a d’ailleurs été créé par le personnel de la maternité pour illustrer ces quelques jours. .Une puéricultrice de la pouponnière qui est devenue sa référente, est venue le chercher dans sa seconde semaine de vie. Notre bébé a été placé à la pouponnière du département. Là bas, il a vécu dans une unité de 5 enfants âgé de 0 à 2 ans et pour la plupart placés par le juge dans le cadre de mesures de protection. Il a connu la collectivité (dortoir, salle de repas et espace de jeux commun pour son unité) ce qui lui permet aujourd’hui de dormir dans le bruit peut être ?

D’un point de vue médical, la pédiatre de la pouponnière s’est chargée de lui trouver un lait digeste. Il a aussi eu des séances d’ostéopathie pour ses régurgitations et sa tête un peu plate (ce sont des petits soucis assez communs chez les bébés).  L’ostéopathie visait aussi à le détendre car il avait tendance à être anxieux. La psychologue de la pouponnière l’a aussi rencontré tout au long de son séjour.

La préparation à l’adoption du côté de l’enfant … cela va être un peu théorique. Une fois le délai de rétractation de la mère de naissance de 2 mois passé, le personnel de la pouponnière a expliqué à notre petit garçon qu’il allait avoir un papa et une maman.
Après la décision du conseil de famille, la date de la rencontre a été décidée. Notre bébé a été installé dans une pièce pour lui tout seul, quelques nuits avant de nous rencontrer. La veille de ce grand jour, les professionnelles de son unité lui ont parlé de son papa et de sa maman qu’il allait bientôt rencontrer. Il parait que cela l’a détendu et qu’il a bien dormi.

On nous a expliqué que les enfants nés sous le secret se demandaient vers 1 mois et demie, 2 mois ce qu’il se passait, et qu’il y avait une période de petite déprime. Les professionnelles de la pouponnière ont apporté à notre bébé de l’affection, des câlins, de l’attention pour qu’il soit en mesure d’avoir confiance en son avenir, en nous et qu’il s’éveille en fonction de son âge.

- La rencontre ?
Quand on est arrivé dans la chambre, il dormait. Je l’ai trouvé petit. Sa référente a essayé de le réveiller « Petit bébé, papa et maman sont là ». Je crois avoir eu son premier regard interrogatif et ensuite il s’est étiré et a souri. J’étais émue et un peu béate.
Lors de cette rencontre nous avons eu droit à des sourires charmeurs de notre bébé, rien que des sourires durant une heure. Je m’attendais à quelque chose de pas évident pour lui, c’était donc le contraire, le rêve ! Nous ne pouvions pas le toucher mais ces échanges de regards et de sourires ont été très forts ! Mon mari est ressorti de la pouponnière « ivre de bonheur », ayant du mal à marcher, titubant un peu. Il a eu un coup de foudre pour notre petit garçon. Moi ce jour là j’ai profité sans toutefois réaliser que c’était notre bébé.

Nous étions dans une rencontre médiatisée avec la puéricultrice référente de notre bébé, la psychologue de la pouponnière et notre psychologue dans le cadre du suivi adoption. Les deux psychologues se sont faites discrètes. Quant à la puéricultrice référente , notre bébé avait besoin de la savoir proche de lui. Les premiers jours, au son de sa voix, il s’apaisait .

- Les débuts ? La vie de famille ? Les difficultés ?
L’adaptation à la pouponnière a duré une semaine pour apprendre à connaitre les habitudes de notre petit, le prendre en charge dans les soins, faire le relais entre sa référente et nous. Les premiers changements de couches nous ont occasionné des « fou rires de baleine ». Le premier tee-shirt à passer a été une grande source de stress. Bébé a un peu bu la tasse au premier bain et on a même réussi à perdre une roue de la poussette lors de la balade dans le parc du domaine ! Cette première semaine ensemble a vraiment été celle de la découverte de notre bébé et de la transition entre l’environnement de la pouponnière et chez nous. Nous avons été conseillés, orientés, épaulés par sa référente qui au fur et à mesure s’est éclipsée pour nous laisser la place auprès de notre petit garçon.

Le samedi nous lui avons fait découvrir sa maison, sa chambre et le soir nous l’avons ramené à la pouponnière. A partir du dimanche, il était avec nous pour la vie. Nous sommes revenus le lundi matin à la pouponnière pour les « au revoir » aux professionnelles et aux autres enfants de son groupe. Cela n’a pas tardé, sa référente a dit qu’il était « passé à une autre vie avec son papa et sa maman maintenant ». Elle lui a écrit un mot sur le cahier de liaison que nous utilisions pour transmettre les informations. Elle lui a dit «  au revoir » et nous a offert un album photo sur toute la période à la pouponnière. C’est une habitude du département pour ensuite raconter son histoire à notre enfant. Emouvant de le lire les commentaires. Ils montrent toute la chaleur humaine qui lui a été apportée.

Après plus d’une semaine entre chez nous et la pouponnière nous étions finalement fatigués au retour à la maison ! J’ai senti deux après midi d’épuisement. Au départ on s’est demandé comment on allait réussir à organiser nos journées avec ce tout nouveau bébé. Nous étions des parents en apprentissage, en formation, tout geste prenait du temps. Dégager des minutes pour arriver à cuisiner les premiers jours m’a semblé un effort considérable. Mon projet de saucisse lentilles s’est fini par exemple en gratin de pâtes réchauffées !

Au retour à la maison, mon mari s’est révélé être inquiet pour notre bébé. Et hop, la gastro nous a tous touchés après deux jours seulement ensemble. Gérer des pipettes de médicaments et des cris de bébés non stop toute une après midi, ça met directement dans le bain. Ensuite, bizarrement tout a semblé plus simple dans la gestion de notre quotidien.

Les difficultés ont juste été d’un point de vue de la santé de notre bébé avec ses petits tracas qu’il a depuis sa naissance. Notre petit a été patient et mignon avec nous. Nous avons eu droit à des sourires tous les jours, des areuh et des nuits complètes. On s’attendait à vivre quelque chose de difficile et en fait il s’est très vite adapté à nous et à son  nouvel environnement.

Les services de l’adoption nous avaient demandé de favoriser la création du lien d’attachement en restant une semaine, plutôt tous les 3. Finalement assez rapidement, nous avons vu en petit comité, notre famille proche et nos amis. Tout le monde avait été prévenu que, tout comme nous  au début, il ne fallait pas trop le toucher. Notre bébé est dès lors resté dans nos bras ou dans son transat lors de ces visites mais était intéressé de découvrir du monde. Il nous avait été aussi précisé de nous occuper au début de tous les soins : changes et biberons, ce que nous avons respecté. Il a été pris dans les bras au bout de 3 semaines. J’étais attentive à ses réactions, assez maman louve je crois, prête à surgir s’il en avait marre, s’il n’était pas bien. Pour le biberon on a attendu un mois et demie et c’est sa marraine qui lui a donné.

Les services de l’ASE ont vraiment insisté sur ces étapes, cette progression, pour permettre à notre bébé de trouver ses repères et de nous identifier comme ses parents. Nous avons tenu compte de ses réactions pour nous adapter car il faut aussi faire en fonction de son propre enfant.

Mon mari s’est senti papa le jour de la rencontre. De mon côté après la présentation de la photo qui m’avait chamboulée, j’ai arrêté de me poser des questions. Une semaine après son arrivée, mon petit garçon était une évidence.

 Un souvenir marquant ? Il y en a plusieurs je crois.
Le troisième jour à la pouponnière, j’ai assisté à la naissance d’un papa. Lors du premier biberon que mon mari a donné, notre petit garçon avec ses grands yeux a eu un regard si intense et pur, plein d’innocence et sûrement d’attentes, que mon mari en a pleuré. C’était émouvant d’assister à cette création du lien entre deux. La journée a continué d’ailleurs avec une certaine complicité. Un bisous sur la tête quelques heures après a fait s’illuminer d’un sourire le visage de notre bébé.

Pour moi, ce sont les larmes de joie. Je ne pensais pas en avoir mais elles sont arrivées lors de mon cours de yoga environ un mois après que je sois maman. Notre petit garçon était à côté de moi, sur son tapis. Je l’entendais gazouiller, babiller et je savais qu’il me regardait. Au début du cours, lors de la relaxation les larmes de joie ce sont mises à déferler sur mes joues car ce bébé tant attendu était enfin là avec nous, avec moi. Je me suis dit que c’était magnifique ce que l’on vivait tous les 3 et qu’après peu de temps finalement ce lien d’attachement était déjà très fort.  J’adore depuis m’allonger à côté de lui et me retrouver à quelques centimètres de sa tête. Je profite de son regard et de ses sourires. Je sens qu’il apprécie cette position assez complice qui d’ailleurs l’apaise quand il pleure.


 oic

mardi 10 janvier 2017

témoignage d'une adoption d'un enfant en famille d'accueil




Lorsque nous avons enfin reçu le coup de fil de notre assistante sociale qui nous suivait nous avons eu du mal à réaliser, pour dire même, nous n y croyons même pas; bien sur c'est le jour où on ne peut pas répondre au téléphone et où l on joue au chat et à la souris pour se enfin réussir à se joindre. Mais pendant ces deux heures , on avait presque réussi à se convaincre que ce n 'était pas pour nous annoncer une décision du conseil de famille.
Pour ajouter à notre émotivité, notre assistante sociale  est restée très vague elle nous a juste dit il faudrait se voir demain; gloups!!!!!!!! comment réussir à travailler avec ça en tête. la nuit fut courte faite d'espoir même si parfois nous n'osions encore y croire.
Lors de ce rdv nous n apprenons pas grand chose sur celle qui sera notre fille; juste son age, qu'elle va bien et qu'elle est en famille d 'accueil. et nous repartons sans plus avec juste un rdv pour dans trois jours , le temps de prendre notre décision, ce n est qu 'après que nous aurons plus de renseignements et une photo; cette attente permet aux familles de prendre une décision de façon raisonne sans s'investir émotionnellement de trop; mais nous notre décision est prise; nous mettons un peu de temps à réaliser , très bizarrement nous pensions que  si on nous appelait, cela serait un garçon et plus grand!!
c'est parti pour plusieurs nuits sans sommeil, entre les peintures , les achats, et toute l 'émotion à gérer, l'imaginaire va bon train!!!
le lundi nous apprenons un peu plus sur notre fille mais restons sur l essentiel et la photo, l 'émotion qui nous envahit est assez intense, difficile de réaliser , j'imagine comme une échographie un peu plus réelle ; je me souviens de nos regards échangés, de nos mains liés autour de ces trois photos de cette princesse , nous laissons un album de nous et de sa chambre, de son environnement pour qu elle puisse se préparer; le rdv est pris pour le lendemain après midi chez la famille d accueil, là il faut jongler avec le travail (le congé ne démarre qu une fois qu on ramène définitivement l enfant chez nous),

Je me souviens de cette première fois où nous l avons vu, impression assez fabuleuse et assez étrange aussi car nous sommes encore tous des étrangers, chose à laquelle nous n avions pas complètement pensé c est l 'émotion de la famille d accueil qui nous touche particulièrement; ils sont très tristes et nous sentons notre fille très attachée à eux; cette première après midi nous la passons là bas avec notre fille sous l'oeil de la psychologue , la famille d accueil et l as;  mais nous trouvons quand même des moments pour nous trois; ce sont des moments forts , elle nous apprivoise petit à petit même si elle nous appelle maman et papa , car elle a été trés bien prépare à son adoption; beaucoup mieux que nous à elle et depuis plus longtemps; elle a vu nos photos et notre famille d acceuil et l ase a fait un travail fabuleux pour la préparer.

Nous allons continuer ces petits allers retours. le lendemain ce sera  quelques heures le matin et l aprés midi , puis le jeudi un peu à la maison, puis toute la journee; nous avons hate de cesser ces allers retours pour commencer notre vie à trois , mais à la fois c est le temps pour qu elle se rassure un peu en notre présence et pour assurer la transition; c est aussi trés dur pour les personnes qui l ont accueilli, et nous devons faire face à cette réalité qui nous touche et nous bouleverse aussi même si c est leur métier; nous ne pouvons faire abstraction de ce coté humain et qui nous touche d autant plus que cela montre l amour qu ils ont apporté à notre fille durant ces premières années de vie; durant cette semaine nous verrons aussi régulièrement soit avant soit après l assistante sociale ou la psychologue pour à chaque fois pouvoir débriefer des difficultés ou des moments forts que nous avons eu dans la journée;

Nous apprenons à être parents, notre fille est fabuleuse pas une bouderie , pas un pleurs pendant 10 jours (bon après cela a bien changé), une vraie lune de miel, les couchers sont nickels, les siestes aussi,à croire qu elle veut vraiment qu on la garde!!!!et voilà le moment du départ , nous sommes heureux mais c est dur,l émotion est palpable nous laissons la famille d accueil avec notre psychologue et partons pour une nouvelle vie à trois

lundi 5 décembre 2016

Une Adoption 9

Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune...
 
-Année de l'adoption ?
2015

- Quel pays ?
Chine

- Age de l'enfant à son arrivée ?
25 mois

- Votre profil ? Votre projet ?
Notre profil : couple trentenaire, déjà parents de 3 enfants dont un petit qui avait moins de 2 ans lors de la réception de l'agrément.
Notre projet : un enfant plus jeune, avec une ouverture à plusieurs particularités de santé n'empêchant pas l'autonomie et permettant une scolarité "normale". Nous nous orientions plus particulièrement vers un enfant séropositif au VIH, ou présentant une malformation physique (agénésie ou malformation d'un membre, paralysie partielle, cardiopathie, malformation digestive opérée...).

- L'agrément, les OAA, l'apparentement ?
Il s'agissait d'un deuxième agrément : notre deuxième enfant est également adoptée. Notre première expérience adoptive nous a permis d'aborder cette deuxième procédure avec un peu plus de recul et de zénitude face à cette première partie de procédure qu'est l'agrément. Le seul point qui a posé question à la commission d'agrément (nous en avons eu écho après coup) était la différence d'âge entre notre troisième enfant et le futur quatrième. Que nos enfants soient très proches en âge ne nous dérangeait pas, mais certains membres de la commission auraient voulu imposer une différence d'âge d'au moins 2 ans. Heureusement, nous avons obtenu l'agrément avec l'ouverture que nous espérions : un enfant plus jeune que notre troisième.
Notre ouverture aux particularités de santé n'a pas fait "peur" au service adoption. Nous y réfléchissions depuis des années et nous nous étions bien documentés ; nous avions rencontré des professionnels de santé (notamment une spécialiste des hépatites et du VIH) et des familles ayant adopté des enfants à besoins spécifiques, que j'avais contactées via le groupe de discussion yahoo "à particularité".

Il nous était impossible d'adopter dans le même pays que lors de notre première adoption, ce pays étant désormais fermé.
Une fois l'agrément obtenu, nous avons envoyé très rapidement un pré-dossier à l'AFA pour la Chine ; un couple d'amis venait d'adopter par leur intermédiaire, et leur témoignage nous avait emballés. Nous avons été officiellement acceptés à l'automne 2014. Nous avons constitué le dossier puis l'avons fait légaliser et surlégaliser, en un temps record : deux mois plus tard nous l'envoyions à l'AFA.
Puis il nous aura fallu attendre mi-juin 2015 pour pouvoir participer au programme "Special Needs - Chine" : le temps que l'AFA envoie notre dossier, puis ait connaissance de notre numéro d'enregistrement. A partir de là, l'AFA pouvait nous contacter à tout moment pour nous faire une pré-proposition d'enfant.
Nous nous préparions à devoir attendre entre 6 et 12 mois...

Puis tout se précipite : un appel fin août 2015 pour nous parler d'un enfant dont nous recevons son dossier médical par mail.
Là, il nous faut prendre une décision très rapidement. Nous prenons contact avec des médecins qui nous aident à comprendre ce dossier, et nous acceptons dès le lendemain de devenir les parents de cet enfant.
C'est une petite fille de presque 2 ans (seulement 5 mois de moins que notre fils !), au passé médical lourd, avec donc un risque de séquelles diverses... mais dont le développement est très satisfaisant, pour ne pas dire très étonnant ! Son dossier médical était très complet, comprenant des tests de vue et d'audition poussés
Deux mois plus tard, nous partirons à sa rencontre...

- Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge médicale, préparation à l'adoption...)
Dans son malheur, notre fille a eu la chance d'arriver dans un orphelinat où les enfants sont plutôt bien pris en charge, avec un ratio nourrices/enfant assez important (4 enfants par nounou). Un orphelinat subventionné par une ONG américaine, qui met en place des programmes spécifiques, notamment pour préparer les enfants à leur adoption. Le jour de la rencontre, l'orphelinat nous transmettra un cahier de vie, rédigé par sa nounou, avec des photos des activités, anniversaires, sorties... Nous avons la nette impression que notre fille a été particulièrement chouchoutée à l'orphelinat.


- La rencontre ?
Lundi matin. Nous arrivons un peu en avance sur l'horaire indiqué, dans ce grand bureau où quelques familles sont déjà installées et font connaissance avec leur enfant.
Notre guide-interprète s'adresse à des personnes, tapote la tête d'une toute petite fille emmitouflée dans un gros manteau et nous dit : "c'est celle-ci".
Ouch.
Notre fille est tout sourire, elle vient vers nous et nous tend les bras. Je n'aurais jamais pensé qu'une rencontre aussi facile pouvait exister ! A peine le temps de nous asseoir que déjà la guide nous appelle : "madame, monsieur, il faut venir signer les papiers !".
20 minutes plus tard, nous sortons déjà du bureau avec notre fille dans les bras ; direction l'hôtel, où elle vivra avec nous pendant 2 semaines avant de découvrir notre maison, sa maison.

- Les débuts ? La vie de famille ? Les difficultés ?

Nous avons découvert la fillette la plus enjouée de la Terre ! Curieuse, câline, partante quoi qu'on propose... et toujours en recherche de contact, à tel point que c'en est envahissant parfois ! Dès le premier jour tout a été très évident. Le bain, les soins, les repas, les câlins, les jeux, les sourires... Entendre son rire dès le premier jour, quel bonheur inattendu !

Le principal hic de ces premiers moments : elle était bien trop sociable... Certes, c'est ce qui a permis qu'elle vienne dans nos bras si facilement ; mais elle aurait pu partir avec n'importe qui... Au restaurant, si quelqu'un lui faisait un petit coucou de loin, elle s'en allait pour faire connaissance. Elle acceptait d'être prise à bras par toute personne qui le voulait.
Une fois rentrés en France, la règle était simple : PAS TOUCHE ! Nous avons interdit à nos parents, oncles, tantes et amis, de la prendre à bras. "Si elle réclame les bras, adressez-la à Papa et Maman !" Cette consigne n'a pas forcément été bien comprise ("Mais, je ne vois pas où est le problème, c'est super qu'elle soit si sociable !"), mais tout le monde l'a respectée. Un peu plus de 2 mois plus tard, nous avons senti qu'elle avait compris la place de chacun, nous avons donc lâché la bride, pour le plus grand plaisir des grands-parents !

Autre petite difficulté : l'orphelinat étant un grand terrain de jeu, notre fille ne connaissait pas le "non". Mon dieu, quelle touche-à-tout ! Elle en a cassé des choses...
De mon côté, après quelques semaines d'une très jolie lune de miel, je me suis sentie envahie et débordée... J'ai mis pas mal de temps avant de trouver un nouvel équilibre et d'accepter cette nouvelle arrivée comme pleinement ma fille. Même si je la désirais ardemment, elle est finalement arrivée très vite, peut-être trop vite, après notre fils... et je me suis sentie privée de moments privilégiés avec lui car il fallait désormais tout partager.

Sinon, côté santé, tout va étonnamment bien.
Seul point un peu délicat : un retard psychomoteur, mais sans gravité. A deux ans, elle marchait tout juste, en se balançant sur ses petites jambes et avec des pertes d'équilibre fréquentes. Aujourd'hui encore, à 3 ans, elle tombe très régulièrement. Mais comme la demoiselle est curieuse et veut suivre son grand frère partout, elle grimpe dans les escaliers, grimpe sur les chaises... et finit parfois aux urgences...
Lors de son adoption elle ne mangeait que des bouillies, elle ne savait pas mâcher et encore moins avaler ce qui n'était pas mixé parfaitement (les petits pots maison ne lui convenaient pas car pas suffisamment bien mixés !). Cela a mis plusieurs mois pour qu'elle puisse manger des morceaux, et aujourd'hui elle mange encore trèèèès lentement... sauf les coquillettes et les petits suisses, qui sont engloutis à la vitesse de l'éclair !

Les relations avec ses soeurs et son frère se passent... comme entre des frères et soeurs ! Elle est très complice avec son frère quasi-jumeau qu'elle imite à chaque instant (ce qui l'a fait évoluer à toute vitesse côté langage !) ; elle est en adoration envers notre aînée qui est comme une petite maman pour elle ; et plutôt en mode jalousie-concurrence avec la deuxième, mais pas toujours : elles vivent parfois de jolis moments de complicité.

- Un souvenir marquant ?


Un souvenir aigre-doux : la visite de l'orphelinat, deux jours après la rencontre avec notre fille.
Nous tenions à dire merci et au revoir à sa nourrice, et aussi pouvoir voir de nos yeux l'endroit où elle avait passé les deux premières années de sa vie. Cela nous paraissait donc important de visiter l'orphelinat. Puisque nous en avions la possibilité logistique, l'occasion était à saisir.
Dès l'instant où elle l'a vue, notre fille s'est réfugiée dans les bras de SA nounou et ne voulait plus revenir vers nous. Toutes les nourrices se la sont passée de bras en bras, ont mis de la musique pour danser avec elle, avec, tout autour, les enfants de son groupe (presque tous lourdement handicapés). Notre puce a joué à la starlette, retrouvant l'endroit qu'elle connaissait si bien. Le personnel est allé décrocher pour nous la plaque d'identité sur le lit de notre fille (pfiouuu... émotions au rendez-vous !), et nous a aussi donné son petit bol et sa cuillère.
Cela n'a duré qu'une heure seulement, mais l'heure la plus longue de ma vie... J'ai gardé le sourire, mais au fond je ne me suis jamais sentie aussi mal à l'aise, aussi peu à ma place, aussi étrangère... au milieu de cette "presque famille" à qui nous retirions leur petite chouchoute...
Finalement, sa nourrice a su trouver le truc pour éviter les pleurs au moment de partir... preuve supplémentaire qu'elle la connaissait par coeur.
Je ne regrette absolument pas cette visite, mais sur le moment c'était une véritable épreuve.

mercredi 9 novembre 2016

Une adoption 8

Dans cette rubrique, nous vous proposons de retrouver régulièrement le témoignage d'une maman ou d'un papa adoptant sur son parcours, son chemin vers son enfant et sur leur adaptation commune...

-Année de l'adoption ?
2015

- Quel pays ?
la France

- Age de l'enfant à son arrivée ?
3 mois et demi

- Votre profil ? Votre projet ?
famille un peu atypique, une enfant née grâce à la PMA, une enfant adoptée en Chine, le désir depuis qu'on s'est rencontré avec mon mari d'avoir 3 enfants alors on a relancé un agrément, très peu optimiste sur son issue mais on ne voulait pas de regret,
et un agrément pour un enfant plus petit que notre 2e à particularité de santé

- L'agrément, les OAA, l'apparentement ?
l'agrément, le 3e, un peu habitués mais toujours un peu stressés par l'avis extérieur des gens sur notre capacité à être parents, et à pouvoir gérer des particularités avec déjà nos 2 filles,
et la chance d'avoir eu des TS très à l'écoute, finalement je l'ai plus vécu comme des discussions cordiales et enrichissantes que comme une évaluation, on était aussi plus détendu, plus armé dans notre rôle de parents, de parents adoptifs, on s'est permis de l'humour.
J'avoue on avait même au début oublié de parler de la particularité de notre seconde tellement ça nous semble évident. ça a dû sortir tout seul dans la conversation et la psychologue a tiqué, je me suis dit "ça y es, j'ai dit une boulette" et elle de reprendre "mais la vous parlez de particularité, votre 2e a une particularité?" "ah, oui on a du oublié de vous le dire!?" sourire de la psy et ouf de notre part
ce 3e enfant, je l'ai désiré autant que mes 2 autres, j'ai rêvé, et eu beaucoup de doutes aussi. Notre famille s'était posée après l'arrivée de notre 2e et nous voila en train de prendre le risque de tout déstabiliser. est ce que j'étais trop gourmande de bonheur? est ce que ce désir n'était pas trop en demander aux miens? comment ma 2e allait le vivre? et puis le désir restait là et je me disais que s'il y avait finalement un aboutissement avec un enfant au bout mais des troubles de l'attachement, est ce que j'allais pas m'en vouloir?

l'apparentement! wouahhhhh! aussi bon et doux qu'on l'avait imaginé sans osé l'espérer. un simple coup de fil mais au son de la voix, tout mon corps a compris. Je me suis mise à trembler c'était impossible!!!!
après le stress de plusieurs jours d'attente avant d'en savoir plus (juste qu'on allait nous proposer un apparentement), et ce parce que mon mari était parti à l'étranger pour le travail (sinon on avait rdv le lendemain du coup de fil), enfin le rdv.
les premiers mots, et je crois que je me sentais déjà mère.... bien sûr on a pris le temps de parler de lui, de sa vie, de sa particularité, de la possibilité de faire étudier son dossier médical avant d'accepter l'apparentement. Mais mon mari et moi, on savait, c'était exactement dans nos ouvertures, alors on est rentré chez nous sur un petit nuage, et on a commencé à l'annoncer à nos familles. J'ai bien eu le retour du pédiatre qui était rassurant et qui allait dans notre sens. Le lendemain matin, on a accepté officiellement l'apparentement et on s'est vite préparé à le rencontre le jour suivant soit 48h après le rdv au CD.
- Quelle prise en charge de l'enfant sur place ? (accueil, prise en charge médicale, préparation à l'adoption...)
notre fils né sous le secret a été pris en charge rapidement à la pouponnière de l'état. Je n'aurai que des éloges à faire sur son accueil, sa prise en charge par l'équipe sur tous les aspects, médicaux, nutritifs, d'éveil. Je crois pouvoir dire qu'il a été aimé et que ça l'a aidé à se construire, à pouvoir être préparé à notre rencontre, à s'attacher à nous. Sa référente a pris de nombreuses photos et nous a remis un bel album si riche pour lui et nous.

- La rencontre ?
une surprise. le conseil de famille avait gardé sa photo, ce fut une immense surprise que de plonger notre regard dans le sien, que de le découvrir en vrai et de pouvoir le serrer dans nos bras,
beaucoup de pudeur de la part de l'équipe qui nous a laissé savourer ces précieux moments, assez épuisants pour notre fils qui s'est vite endormi.
Un 2e grand moment: celui de la rencontre avec ses sœurs, incroyable toute cette affection évidente de leur part et tellement vite accepté par ce petit prince.
son regard, un intensité incroyable et l'envie de rester là des heures les yeux dans les yeux lui collé à moi, et puis je le confie à mon mari, son papa tout ému lui aussi c'était juste parfait.

- Les débuts ? La vie de famille ? Les difficultés ?

les débuts qui décoiffent: j'allais travailler le matin, je passais les après midi avec mon fils à la pouponnière et le soir on préparait la chambre. Heureusement le we est vite arrivé, une permission pour la sieste à la maison et puis on est rentré tous ensemble à la maison.
On a eu beaucoup de générosités autour de nous pour nous prêter tout ce qu'on avait pas. C'est à dire tout !.... siège auto, lit, habits. on avait donné tout le petit matériel de puériculture après notre grande ayant beaucoup attendu notre 2e et notre 2e est arrivée plus agée. La marraine a fait 4h de route pour nous amener une voiture entière d'affaire pour nous aider: poussette, habits, transat, chaise haute. Un geste qui nous a ému.
La fatigue qui s'accumule mais les hormones positives qui font tenir. Et puis on tâtonne pour s'organiser, prendre nos marques avec un petit bouchon, on le change plus que nécessaire parce qu'on a de nouveau des couches qui fuient, des régurgitations qu'on avait oublié. Les grandes sœurs qui elles ne sont pas fatiguées!
et lui était lumineux en particulier quand il voyait ses sœurs, il semblait émerveillé de tout ce qu'il se passait.

Les difficultés, parfois pour l'endormir, le stress pour obtenir dans des temps records certains rdvs médicaux nécessaires lors de son arrivée, réaliser que c'était vrai qu'on avait vraiment été choisi par le conseil de famille pour être parents à nouveau, le stress pour s'organiser pour le moyen de garde. Maintenant qu'il se déplace tout seul: arriver à garder un œil sur les 3 presque en même temps sans se luxer les cervicales. Arrêter de dire "les filles" alors qu'on a un garçon aussi désormais....
j'avoue on a été très chanceux ou alors on a oublié de relever ce qui n'allait pas toujours

- Un souvenir marquant ?


notre fébrilité à notre mari et moi: avant le rdv avec notre AS, avant de le rencontrer, avant de l'annoncer à nos 2 filles. 3 moments de complicités très forts en émotions pour aller à la rencontre d'un petit prince extraordinaire auquel on est déjà très attachés!